aujols-Laffont

H comme Hadas

Elle est peuplée cette montagne, surpeuplée même vers le milieu du XIX° siècle, le moindre lopin de terre est cultivé ou fauché.

 

Mais c'est sans compter d'autres habitants, tout aussi présents aux « yeux » de nos ancêtres, bien que plus discrets...Elles sont partout et font partie de la vie des paysans ; elles ne sont pas néfastes, au contraire, elles laissent même leurs enfants fugitifs se faire élever par des humains. Quand elles sont satisfaites des humains, elles les récompensent généreusement, sinon les châtiments peuvent être dramatiques.

 

châtiment infligé par la fée.PNG

                                      ( Les Chants de Pyrène tome IV/Pertuzé .- Ed Loubatières, Toulouse, 1984 ; p,46)

 

Les hadas, ou encantadas, ce sont les fées, les dames blanches qui apparaissent sur les hauts sommets, à l'entrée des grottes, près des torrents ou des lacs où elles vont faire leur lessive avec un battoir en or.

Que ce simple objet de la vie quotidienne puisse être en métal précieux cristallise tous les rêves de richesse pour ces gens si pauvres. Et puis, elles sont toutes si belles, habillées de blanc éthérées et si petites. Comment ne pas rêver pour ces bergers adolescents qui passent 5 mois, seuls, sur les estives.

Comment ne pas fantasmer face à ces « mountagnos que tanta houtas soun » !

 

danse des fées.PNG

                                                                                               (op.cit. p. 45)

 

De plus, elles ont un secret que nul humain ne doit savoir : celui du bourgeon de l'aulne :

 

fée récupérant son enfant.PNG

                                                                                                                          (op.cit. p.45)

 

Les fées font partie de la vie quotidienne et le nombre d'apparitions de « Dames Blanches » se compte par dizaine ; d'ailleurs Bernadette Soubirou, dans ses premières relations de l'apparition de Lourdes ne parla pas de la Vierge mais « d'une Dame Blanche et très belle ».

Isaure Gratacos nous donne la version initiale en patois « Qu'ei vist era dama »

« Le 11 Février 1858 [elle] vit pour la première fois la dama blanca[ ...] un être féminin, vêtu de blanc et semblait-il plein de bonté[...] Elle décrivit donc cette dama petite...comme une hada, vêtue de blanc...comme une hada, souriante et bénéfique... comme une hada. Ce furent ses auditeurs qui traduisirent par "Vierge », le terme de" dama »

(Femmes Pyrénéennes p. 177)

 

Mais, nous sommes au XIX° siècle, les croyances ancestrales, liées à un culte de déesse mère, le culte de Mari, déesse de la Nature en Pays Basque, selon I. Gratacos, (qualifiées de superstitions) ne sont plus de mise et l'image de la Vierge se superpose vite à celle de la Hada.

 

Bien loin de Lourdes, tous les Couserannais croient à l'existence des Dames Blanches et se garderaient bien de leur manquer de respect. De nombreux contes ont agrémenté les veillées et les enfants bercés par ces croyances ancestrales les ont transmises...

Et puis l'ambiance des hautes futées, des sommets mystérieux et des grottes immenses font que l'on se méfie du surnaturel...

 

Et du Diable aussi ! Mettons lui une majuscule, sais-t-on jamais ?

En Normandie, c'est un mot que l'on ne prononce jamais à l'intérieur d'une maison ou de bâtiments d'exploitation, de peur de l'attirer : on le désigne par des expressions comme le Mauvais (pareil pour le sorcier, d'ailleurs) pour le dèsenvouteur aussi, on emploie une périphrase telle que « as-tu vu qui il fallait », « il faut voir quelqu'un »...

Dans la plupart des régions, c'est un sujet tellement dangereux, qu'on ne l'aborde qu'à mots couverts et avec des personnes que l'on connaît de longue date.

N'oublions pas que nos ancêtres vivent dans le noir, dès le soleil couché...

 

Donc, les moindres mouvements inhabituels génèrent une certaine angoisse : s'agit-il d'un homme, un voisin, un errant, un bandit ou encore d'un être maléfique ou bénéfique ? Il ne faut pas paniquer et s'assurer des intentions de l'inconnu car il peut être le Diable ou le Christ !! pour l'accueillir en conséquence !

Dans les contes, Jésus aussi se balade dans les montagnes et bizarrement, il agit comme les Hadas : récompensant largement un bon accueil et faisant s'abattre tous les maux sur le pingre qui lui refuse le gîte et le pain !

 

Si vous aimez ces légendes, surtout lisez les bandes dessinées "les Chants de Pyrène" (4 tomes) et les "Contes de Gascogne" car à la magie du conte, Pertuzé a su ajouter l'enchantement d'un magnifique dessin à la plume ! Un plaisir à ne pas rater.



08/06/2017
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