aujols-Laffont

I comme Instruction publique

En une centaine de mots, je ne pourrais qu'effleurer le sujet et souligner les principaux problèmes.

Aussi bonnes soient-elles, les lois de Paris posent des problèmes en Couserans lors de leur application ; c'est le cas des lois Guizot imposant l'ouverture d'une école dans chaque commune de plus de 500 habitants, puis Falloux imposant une école pour les filles. Dans la vallée de Massat, surpeuplée au  XIX° siècle, toutes les communes comptent largement plus de 500 habitants, au point que certaines "bordes" (granges) sont devenues des maisons d'habitation. Monsieur Laffont del Cardaÿre, dernier Laffont habitant au hameau des Eychards me disait récemment qu'on reconnait encore ces "bordes" au noir de fumée sur les murs car on ne fait jamais de feu dans une grange... Donc pas ou peu de bâtiments disponibles pour implanter une "maison d'école" et pas de crédits pour en construire une...

Deuxième difficulté, où créer l'école ? La commune de Boussenac n'a pas de centre, elle s'étend sur 14 km d'Est en Ouest et 5 à 6 km du Nord au Sud, elle est constituée de 31 hameaux et 20 fermes dispersés en zone montagneuse sans communication vraiment aisée.

Par ailleurs, qui fréquentera l'école ? Les enfants entre 6 et 11 ans selon la loi, c'est ignorer que les enfants se rendent utiles dès leur jeune âge. A 7 ans, ils sont bergers, à 11 ou 12, ils travaillent aux champs comme les adultes. L'hiver est donc la seule période où l'on ait "du temps à perdre" ! mais la neige rendra les déplacements difficiles. Bien sûr, l'école primaire n'est alors ni gratuite ni obligatoire, peu d'enfants seront scolarisés, faute d'argent ou de temps "libre".

Ecoutons le Maire de Boussenac exposer les problèmes de sa commune lorsque le Préfet lui demande d'ouvrir une école de filles en 1867 (soit 17 ans après la loi Falloux) :

école de filles Boussenac 1864.PNG

"que la création d'une école pour les filles serait insuffisant à cause de la configuration du territoire de la commune ; qu'en admettant que cette école fut établie au centre du territoire, la plus grande partie des enfants auraient à parcourir en moyenne 15 km par jour pour se rendre à l'école et rentrer chez leurs parents, ce qui serait impossible pour des enfants en bas âge et surtout pendant l'hiver et que la création de 3 écoles pour les filles nécessiterait une trop grande dépense, attendu d'autre part que la commune de Boussenac compte déjà 3 écoles publiques [Jacoy, Eychards et Le Par] qui seront gratuites à la suite de la décision prise ce jour, que ces 3 écoles sont mixtes et déjà fréquentées par un assez grand nombre de filles, pour ces motifs, le conseil demande l'autorisation d'être dispensé de la création d'une école pour les filles." (Boussenac le 8 Juin 1867)

Avec les lois Ferry, l'école devient obligatoire, chaque hameau revendique alors d'avoir son école et le nombre d'enfants est conséquent . Jacoy, en 1884, accueille 102 élèves dans une salle de 38 m2 ; le Rieuprégon, 78 sur 23 m2... Mais, en 1887, l'Inspecteur d'Académie écrit au Préfet pour souligner l'insalubrité de cette école et Monsieur Souquet, Inspecteur médical des écoles du canton de Massat en demande même l'interdiction !

"Ce local est en effet un des plus mauvais de la circonscription de Saint-Girons. Il est formé de deux chambres contigües d'une étendue chacune d'une vingtaine de mètres carrés, délabrées, humides, basses et fort insuffisamment éclairées. L'une des pièces servait autrefois de logement et l'autre de salle de classe. Cette dernière est ouverte à tous les vents, il y avait dans le plancher une foule de trous qui exposaient les enfants à de graves accidents. C'est sur les conseils de M l'Inspecteur primaire que l'instituteur actuel a transféré la classe dans la cuisine dont il ne faisait pas usage. Les élèves y sont moins mal mais la situation ne laisse pas d'être intolérable. L'école recevant de 40 à 50 élèves en hiver, il n'y a pas de pires conditions pour la santé et la discipline."

L'école ne sera pas fermée "parce qu'on ne trouverait pas dans la localité un autre local en état de la recevoir"

Et ce n'est pas tout, il faudra loger l'instituteur dans une maison disposant d'une "pièce à feu" (obligation jamais abolie et figurant encore dans le BOEN comme l'interdiction du port du pantalon pour les femmes), et lui fournir du bois de chauffage.

Jusqu'à la fin du XIX° siècle, la majorité des habitants de la vallée sont donc illettrés, n'ayant, dans le meilleur des cas, fréquenté l'école que durant les mois d'hiver et abandonné bien avant l'âge de 13 ans. Ainsi, mon AAGP Mathieu Laffont (1826-1897) doit-il faire figure de "lettré" puisqu'il sait lire et écrire ce qui lui permet d'obtenir un emploi de cantonnier à Vicdessos puis de cantonnier chef à Riverenert. Son fils, François, deviendra facteur des postes et, bien sûr, ses deux filles, institutrices.

 

 

 



10/06/2015
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