aujols-Laffont

les cimetières des 'Puristes" ou Petchets

 

Retrouver leur emplacement ancien et les traces qui en subsistent, voilà l'objectif. Une idée un peu farfelue qui me sied bien, j'adore ce genre de quête bizarre et en se débrouillant bien, une journée de recherche devrait suffire.

Première idée, le cadastre napoléonien : quelques petites croix sur un terrain et voilà le cimetière ; sauf que dans les plans cadastraux de Massat, même dans le quartier du Port (avant 1851, date de la partition des communes), pas les moindres petites croix isolées.

Il faut dire, qu'ayant vécu longtemps près des Cévennes, j'avais un modèle huguenot dans la tête ; du style un adepte de la secte, le plus riche ou le plus charismatique, consacre un petit terrain à la sépulture de ses frères. J'allais donc vers les trois diacres connus pour leurs démélées avec la justice de l'Empire en 1809 : Pierre Loubet de Paule (un collatéral par alliance avec Catherine Laffont del Cardaÿre) Jean Pierre Lazès Damsomenut , et Pey Ponsat d'Aleu ou Lalleouat. Or, ces trois patronymes sont présents parmi mes collatéraux... Tous trois arrêtés et incarcérés en 1809-1810, vont expliquer en quoi consiste leur contestation ou schisme et au cours de leurs interrogatoires, admettre qu'ils enterrent leurs adeptes en dehors du cimetière communal et sans cérémonies : voici des notes d'interrogatoire (série 4V14 ), le sous dossier est bizarrement intitulé « culte non catholique »... 

 

cimetières blog.PNG

 

...enterrent les morts dans un cimetière particulier sans cérémonies (deux cimetières l'un sur la montagne du Ker, l'autre au quartier du Port au ruisseau de Sers, ils font les déclarations d'Etat civil Environ 50 affiliés.

Environ 20 affilés dans la commune d'Ercé.

Les sectaires vont se confesser à Toulouse

 

cimetières blog 2.PNG

 

Notes relatives à Jean Pierre Lazès

il déclare qu'il y a un cimetière près du pont au ruisseau de Sers et qu'on y a enterré une femme et deux enfants.

Ils baptisent les enfants entre eux parce qu'ils ne reconnaissent pas de prêtres

Notes relatives à Pey Ponsat d'Aleu

1 garçon et 2 filles baptisés par eux

2 femmes enterrés au Port et une au Ker

Ils ont des chefs dans le département et ailleurs qu'ils vont consulter... »

 

 Grâce à la déposition de Pierre Lazès , nous pouvons situer le lieu de sépulture hors cimetière pour le quartier du Port, reste à le retrouver" physiquement" sur le plan cadastral :

emplacement cimetière Petchet le Port 2.png

Or, le décret impérial du 23 Prairial an XII (12 Juin 1804) codifie pour la première fois les usages en matière d'inhumation : les cimetières sont laïcisés et leur gestion incombe aux communes et ils doivent être placés hors agglomération ; ce qui n'est que rarement le cas puisqu'ils se situent autour de l'église. A l'intérieur du cimetière, fossés ou haies vives peuvent être implantées pour délimiter les emplacements des différents cultes, des « carrés » ; ce qui implique qu'une partie du cimetière doit être réservé aux non croyants et de ce fait aux Puristes...

Il faut donc qu'ils abandonnent leurs cimetières dissidents, et pourtant, qu'il doit être agréable de reposer au sommet du Ker, près de Saint Brenda et des premiers Massatois (Magdaléniens) qui occupèrent la grotte du Ker !

Les enquêteurs font donc publier une nouvelle fois le texte de loi 

 

cimetières lettre du sous préfet 30-12-1809 St Girons.PNG

 

« Les ordres ont été donnés pour que dans tous les hameaux de Massat, on publiat la deffense d'enterrer les cadavres ailleurs que dans les cimetières autorisés par la loi, sous peine d'être poursuivi correctionnellement »

 

Si la population de la vallée a respecté la loi, s'en est fini des « cimetières petchets », mais dans ces vallées rebelles à la loi de Paris, comment faire ? Quel sera l'avis des autorités municipales et comment s'arranger avec le curé qui a toujours régné sur le cimetière ?

 

Pour le Port, on trouve la réponse en 1882 : un scandale oppose une partie du village à son curé !

Un nommé Loubet est mort sans avoir reçu les sacrements, le curé les lui a refusé car, à l'article de la mort, il a refusé de jeter dehors sa concubine (anciennement sa marâtre) dont il avait eu, après la mort de son père, deux enfants ; sentiment de compassion très chrétien puisqu'elle n'aurait plus eu de toit. Pour le curé, persistance dans le péché : pas d'inhumation religieuse pour lui mais le curé, vindicatif pour le moins, intime au fossoyeur d'interrompre le creusement de la fosse... En dépit des lois, il le refuse dans « son » cimetière qui est en fait communal ; scandale ! Le corps est inhumé puis exhumé. Enfin une solution voit le jour :

 

Le Port endroit du cimetière réservé aux suicidés et aux puristes.PNG
 

« Ce dernier [le curé] répondit si les parents veulent enterrer cet homme, vous creuserez une fosse à l'endroit réservé aux suicidés et aux puristes, on appelle puristes ceux qui encore aujourd'hui ne reconnaissent pas les prêtres assermentés »

 

Les obsèques furent difficiles et le lieu de sépulture peu accueillant :

 

Le Port endroit du cimetière réservé aux suicidés et aux puristes 2 8-6-1882.PNG

 

« Les parents de Loubet couverts de honte, effrayés des déclarations du curé et étant en peur sur eux de l'anathème du prêtre ; déconsidérés aux yeux de leurs concitoyens pour la défense qui leur avait été faite d'ensevelir le défunt, de porter son deuil [en outre le curé avait interdit à la famille de paraître à la messe du Dimanche suivant le décès], de placer une croix sur sa tombe, prirent la résolution de l'ensevelir pendant la nuit [comme les Puristes], une fosse fut creusée dans un coin du cimetière, à l'endroit réservé aux Puristes, sous les ronces et les épines et l'enterrement eut lieu à deux heures du matin, le Samedi »

 

Voilà donc une réponse à ma quête !

Je pensais y consacrer une journée et cela se transforma en 4 jours ! Pour « éplucher », investiguer les archives des communes, les délibérations de conseil municipal, les travaux dans le cimetière, les lettres pastorales, pas une mention ! Rien de rien !

Pour la bonne raison, qu'à part quelques inhumations hors cimetière communal, les Petchets avaient un « carré » dans le cimetière et sans doute pas le plus beau... N'empêche qu'en 1825, le curé de la paroisse dut leur « emprunter », à long terme..., quelques mètres carrés pour inhumer un défunt.

 

A Massat, la situation est identique : un carré du cimetière fut réservé aux Puristes, « à gauche de l'église », celui des mécréants et suicidés sans doute, et les défunts furent inhumés de nuit et sans clergé  "officiel". 

 

Les tombes hors cimetière ont apparemment disparu... sur le Ker comme au Port.



25/11/2016
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