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L'hiver est là, guérissez les maux de saison

 

Quand il faut aller chercher l'eau au ruisseau tous les jours que Dieu fait, avec la neige, le vent, la pluie et que l'oustal n'est souvent chauffé que par des bourrées de petit bois qui ne « tiennent » pas bien longtemps... l'eau est glacée et les engelures sont sûrement un mal fréquent. Il frappe la ménagère mais aussi le vacher ou le berger qui va traire dès « potron minet ». Et n'oublions pas que l'hôpital de Saint Lizier accueille aussi les mendiants, les indigents qui ont, sans doute passé des nuits à la belle étoile ou au mieux dans la paille d'une borde.

Comment soigner les engelures de ces pauvres gens :

 

engelures.PNG

 

« Deutonide de mercure ou précipité rouge, oxyde plomb ½ vitreux, alun calciné : ½ gros, onguent Masat une once, mêler pour frictionner les parties malades le soir avant de se coucher. »

Le froid peut aussi provoquer des gerçures :

 

gerçures.PNG

 

 

« cire vierge 1 gros et demi, blanc de baleine 2 gros, huile d'amandes douces 1 once et demi, beaume du Pérou liquide 4 gouttes. Faire fondre ensemble au bain marie, chaque soir enduisez-en les parties malades et le matin lavez-les avec un peu de lait ou d'eau de son. »

 

Enfin, autre plaie de l'hiver : les brûlures ! Affectant sans doute moins les adultes que les enfants jeunes qui n'ont pas encore appris que le feu est à la fois un ami et un ennemi redoutable. L'hiver est sûrement la saison des brûlures et des incendies aussi !

Comment soulager ces blessés ?

 

brulures 1.PNG

brulures 2.PNG

 

« prenez miel que vous ferez fondre sur un feu doux, puis à parties égales quantité d'eau de vie, formez du tout une pommade et passez-en souvent sur la partie brûlée. Cette pommade empêche la supuration et arrête les mauvais effets de la cicatrisation, trois ou quatre jours après l'usage de cette pommade et qu'elle aura produit son effet on la remplacera par le cirot qui suit

Prenez huile d'olive, mêlez-y du vin, faites la bouillir sur un feu doux, mettez-y un peu de seconde levure de sureau, faites bouillir … soit tout évaporé … cire vierge... pour le ver solitaire [???] »

 

A la fin de ce petit fascicule, nous trouvons par ordre alphabétique, la liste des remèdes disponibles dans l'hôpital et leur emplacement dans la « pharmacie ». Leur accès semble réglementé, et c'est heureux ! Les plantes sont accessibles à tous :

 

remèdes en accès libre.PNG

 

même la cigüe et la digitale dans le tiroir n° 10, alors qu'elles sont toutes deux très toxiques !

Que représente « le cabinet » ? Un contrôle encore plus strict que l'armoire des poisons ? Ou ne renferme-t-il que des produits rares et onéreux ?

Car il existe aussi une « armoire des poisons » où sont enfermés les ingrédients dangereux.

 

armoire des poisons.PNG

 

Je vous avoue ne pas savoir où il est possible de se procurer du « blanc de baleine » et du « précipité rouge », actuellement !!!


12/12/2016
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L'hiver est là, complétez votre pharmacie !

Comment se soignaient nos ancêtres, pour la plupart, ils n'avaient pas un liard à dépenser pour consulter le médecin...L'usage des simples, que nous appelons phytothérapie, constituait l'essentiel des médicaments employés. Comme ils reviennent à la mode, on peut trouver leur usage et leur préparation sur internet.

Contre la toux sèche, rien ne vaut un bon sirop de mauve :

 

mauve 1.PNG

mauve 2.PNG

(site en lien sur MSN)

 

Sinon pour la toux grasse, vous pouvez utiliser le plantain, le cyprès ou le figuier.

 

Autrefois, on utilisait des remèdes moins attrayants comme le sirop de limaçon dont je vous ai montré la réclame parue dans l'Ariégeois (Challenge AZ 2016 lettre S p 19 du blog) mais je crains que les pharmacies Duget de Foix ou Soula de Pamiers ne puissent plus vous en fournir alors il faut chercher sa préparation... et en consultant les archives de l'hôpital de Saint Lizier, on découvre un petit livret non daté contenant les recettes de différents remèdes !

Voici le sirop souverain contre les maladies de poitrine :

 

maladie de poitrine sirop de limaçon.PNG

Prenez cinquante limassons de vigne vivants, lavez-les à l'eau froide jusqu'à complette cesse d'être louches, retirez-les des coquilles, coupez-les par morceaux et faites cuire à petit feu dans un vase de terre non vernissé avec suffisante quantité d'eau pure, passez ensuite à travers un linge neuf en exprimant fortement ; décantez la et ajoutez y suere blanc une livre, vin blanc généreux une livre. Clarifiez avec un seul blanc d'oeuf ; ensuite en consistance un peu forte puis passer à travers un blanchet et conservez dans des bouteilles bien bouchées. »

 

Si la perspective d'ingérer des limassons vous rebute, il existe un autre sirop à base de mou de veau :

 

maladie de poitrine sirop de mou de veau 1.PNG

maladie de poitrine sirop de mou de veau 2.PNG

 

« prenez une livre de mou de veau bien frais et sain, vin blanc généreux 2 livres, eau de la fontaine quantité suffisante, coupez le mou de veau en morceaux, mettez-le cuire avec les mêmes précautions que pour le sirop de limasson … paraître suffisamment ...bien saines séparés de leurs noyaux … deux onces, puis faites infuser de … convenablement avec capillaire du pays, pulmonaire sèche, de chaque une once, puis passez avec expression, laissez déposer et décanter puis ajoutez sucre purifié quatre livres. Clarifiez avec le blanc d'oeuf, cuisez un peu fortement puis passez à travers le blanchet, ajoutez-y sirop de fleur d'oranger, quatre onces. Conservez dans des bouteilles bien bouchées. »

 

Ces remèdes semblent bien coûteux, le vin et le sucre ne font guère partie de l'ordinaire du mountagnol …

 

Reste l'emploi du bon vieux cataplasme dont je garde des souvenirs « cuisants », il me semble que ma grand-mère employait de la moutarde et de la farine mais je ne me souviens plus exactement de sa composition. Voici donc celle employée à l'hôpital de Saint Lizier :

 

cataplasme.PNG

 

 

« 3 onces de saindoux, 2 cuillères de miel, 2 jaunes d'oeux, 3 onces huile d'olive, Farine de seigle quantité suffisante, le tout bien travaillé dans un mortier. » (AD 09 3HDT/R3)

 

  

Dans le prochain billet, les remèdes contre les engelures, les gerçures et les brûlures.

 

 

 

 

 

 

 

 


04/12/2016
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les cimetières des 'Puristes" ou Petchets

 

Retrouver leur emplacement ancien et les traces qui en subsistent, voilà l'objectif. Une idée un peu farfelue qui me sied bien, j'adore ce genre de quête bizarre et en se débrouillant bien, une journée de recherche devrait suffire.

Première idée, le cadastre napoléonien : quelques petites croix sur un terrain et voilà le cimetière ; sauf que dans les plans cadastraux de Massat, même dans le quartier du Port (avant 1851, date de la partition des communes), pas les moindres petites croix isolées.

Il faut dire, qu'ayant vécu longtemps près des Cévennes, j'avais un modèle huguenot dans la tête ; du style un adepte de la secte, le plus riche ou le plus charismatique, consacre un petit terrain à la sépulture de ses frères. J'allais donc vers les trois diacres connus pour leurs démélées avec la justice de l'Empire en 1809 : Pierre Loubet de Paule (un collatéral par alliance avec Catherine Laffont del Cardaÿre) Jean Pierre Lazès Damsomenut , et Pey Ponsat d'Aleu ou Lalleouat. Or, ces trois patronymes sont présents parmi mes collatéraux... Tous trois arrêtés et incarcérés en 1809-1810, vont expliquer en quoi consiste leur contestation ou schisme et au cours de leurs interrogatoires, admettre qu'ils enterrent leurs adeptes en dehors du cimetière communal et sans cérémonies : voici des notes d'interrogatoire (série 4V14 ), le sous dossier est bizarrement intitulé « culte non catholique »... 

 

cimetières blog.PNG

 

...enterrent les morts dans un cimetière particulier sans cérémonies (deux cimetières l'un sur la montagne du Ker, l'autre au quartier du Port au ruisseau de Sers, ils font les déclarations d'Etat civil Environ 50 affiliés.

Environ 20 affilés dans la commune d'Ercé.

Les sectaires vont se confesser à Toulouse

 

cimetières blog 2.PNG

 

Notes relatives à Jean Pierre Lazès

il déclare qu'il y a un cimetière près du pont au ruisseau de Sers et qu'on y a enterré une femme et deux enfants.

Ils baptisent les enfants entre eux parce qu'ils ne reconnaissent pas de prêtres

Notes relatives à Pey Ponsat d'Aleu

1 garçon et 2 filles baptisés par eux

2 femmes enterrés au Port et une au Ker

Ils ont des chefs dans le département et ailleurs qu'ils vont consulter... »

 

 Grâce à la déposition de Pierre Lazès , nous pouvons situer le lieu de sépulture hors cimetière pour le quartier du Port, reste à le retrouver" physiquement" sur le plan cadastral :

emplacement cimetière Petchet le Port 2.png

Or, le décret impérial du 23 Prairial an XII (12 Juin 1804) codifie pour la première fois les usages en matière d'inhumation : les cimetières sont laïcisés et leur gestion incombe aux communes et ils doivent être placés hors agglomération ; ce qui n'est que rarement le cas puisqu'ils se situent autour de l'église. A l'intérieur du cimetière, fossés ou haies vives peuvent être implantées pour délimiter les emplacements des différents cultes, des « carrés » ; ce qui implique qu'une partie du cimetière doit être réservé aux non croyants et de ce fait aux Puristes...

Il faut donc qu'ils abandonnent leurs cimetières dissidents, et pourtant, qu'il doit être agréable de reposer au sommet du Ker, près de Saint Brenda et des premiers Massatois (Magdaléniens) qui occupèrent la grotte du Ker !

Les enquêteurs font donc publier une nouvelle fois le texte de loi 

 

cimetières lettre du sous préfet 30-12-1809 St Girons.PNG

 

« Les ordres ont été donnés pour que dans tous les hameaux de Massat, on publiat la deffense d'enterrer les cadavres ailleurs que dans les cimetières autorisés par la loi, sous peine d'être poursuivi correctionnellement »

 

Si la population de la vallée a respecté la loi, s'en est fini des « cimetières petchets », mais dans ces vallées rebelles à la loi de Paris, comment faire ? Quel sera l'avis des autorités municipales et comment s'arranger avec le curé qui a toujours régné sur le cimetière ?

 

Pour le Port, on trouve la réponse en 1882 : un scandale oppose une partie du village à son curé !

Un nommé Loubet est mort sans avoir reçu les sacrements, le curé les lui a refusé car, à l'article de la mort, il a refusé de jeter dehors sa concubine (anciennement sa marâtre) dont il avait eu, après la mort de son père, deux enfants ; sentiment de compassion très chrétien puisqu'elle n'aurait plus eu de toit. Pour le curé, persistance dans le péché : pas d'inhumation religieuse pour lui mais le curé, vindicatif pour le moins, intime au fossoyeur d'interrompre le creusement de la fosse... En dépit des lois, il le refuse dans « son » cimetière qui est en fait communal ; scandale ! Le corps est inhumé puis exhumé. Enfin une solution voit le jour :

 

Le Port endroit du cimetière réservé aux suicidés et aux puristes.PNG
 

« Ce dernier [le curé] répondit si les parents veulent enterrer cet homme, vous creuserez une fosse à l'endroit réservé aux suicidés et aux puristes, on appelle puristes ceux qui encore aujourd'hui ne reconnaissent pas les prêtres assermentés »

 

Les obsèques furent difficiles et le lieu de sépulture peu accueillant :

 

Le Port endroit du cimetière réservé aux suicidés et aux puristes 2 8-6-1882.PNG

 

« Les parents de Loubet couverts de honte, effrayés des déclarations du curé et étant en peur sur eux de l'anathème du prêtre ; déconsidérés aux yeux de leurs concitoyens pour la défense qui leur avait été faite d'ensevelir le défunt, de porter son deuil [en outre le curé avait interdit à la famille de paraître à la messe du Dimanche suivant le décès], de placer une croix sur sa tombe, prirent la résolution de l'ensevelir pendant la nuit [comme les Puristes], une fosse fut creusée dans un coin du cimetière, à l'endroit réservé aux Puristes, sous les ronces et les épines et l'enterrement eut lieu à deux heures du matin, le Samedi »

 

Voilà donc une réponse à ma quête !

Je pensais y consacrer une journée et cela se transforma en 4 jours ! Pour « éplucher », investiguer les archives des communes, les délibérations de conseil municipal, les travaux dans le cimetière, les lettres pastorales, pas une mention ! Rien de rien !

Pour la bonne raison, qu'à part quelques inhumations hors cimetière communal, les Petchets avaient un « carré » dans le cimetière et sans doute pas le plus beau... N'empêche qu'en 1825, le curé de la paroisse dut leur « emprunter », à long terme..., quelques mètres carrés pour inhumer un défunt.

 

A Massat, la situation est identique : un carré du cimetière fut réservé aux Puristes, « à gauche de l'église », celui des mécréants et suicidés sans doute, et les défunts furent inhumés de nuit et sans clergé  "officiel". 

 

Les tombes hors cimetière ont apparemment disparu... sur le Ker comme au Port.


25/11/2016
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La période révolutionnaire dans la vallée

Quel impact a eu ce bouleversement politique et social dans la vallée de Massat ? Nous avons vu que les rapports entre les "Seigneurs" et les habitants étaient depuis "des temps immémoriaux" codifiés par des chartes et que finalement les Massatois n'étaient pas trop "asservis" ; d'ailleurs aucun ci-devant ne résidait sur place...

Et la vallée semble avoir plus ou moins ignoré la Révolution dans le quotidien. Ainsi le Maire ou son adjoint peinent à prendre de nouvelles habitudes, en l'an V, il indique toujours les dates en "vieux style" :

 

date ancienne conservée en l'an V  Massat vue 19 X.PNG

"Aujourd'hui 17° jour du mois d'Août 1797 an cinquième de la République française à 7h du matin par devant moi Michel Degeilh, membre du conseil général de l'administration municipale de la commune de Massat élu pour rédiger les actes .."

 

Que dire du reste de la population ! Se rendre à l'église est une démarche ancestrale pour les événements majeurs de la vie, mais se rendre en plus (avant ou après) à la Mairie, Est-ce bien utile ? D'autant qu'aucune commune de la vallée n'a une "Maison commune" donc pas de Mairie et qu'il doit falloir courir après le Maire ou un adjoint, qui n'ont, comme leurs administrés, pas que cela à faire et qui doivent être aux champs !

 

an V faute de maison commune Massat.PNG

 

Toujours Michel Degeilh nous précise être chargé de la rédaction des actes de naissance, mariage et décès et que les comparants viennent "en mon domicile (faute de maison commune) pour contracter mariage..."

 Comment s'étonner, dans ces conditions, que la plupart des habitants aient préféré s'en tenir aux manières ancestrales : se rendre à l'église  et ignorer une déclaration civile dans un lieu qui n'existe pas... face à un de leur congénère qui, s'il sait écrire, vit comme eux et n'a pas le prestige du prêtre...

Cette négligence aidera les futurs conscrits et alimentera les tribunaux de Justice de Paix lorsque ces "nouveaux-nés" non déclarés voudront se marier : la série U  en regorge !

 

 Un des seuls sujets d'achoppement sera le serment des prêtres que certains ne voulurent pas le prêter. Recherchés sous la Terreur, la population les cacha, et certains refusèrent même les sacrements donnés par les "jureurs". Finalement, cette situation aboutit au schisme des Puristes ou de la Petite Eglise après le Concordat.


17/09/2016
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Les fiches de "Mémoire des Hommes" et l'Ariège

Ces 1 million 400.000 fiches mises en ligne par le Ministère de la Défense sont une richesse à exploiter pour tous les généalogistes ; un seul petit écueil pour l'Ariège : elles ont été établies à Paris et ignorent donc les subtilités du sobriquet du Couserans ! Il y est souvent bien malmené...

Faut-il encore rappeler son utilité ? Pour vous en convaincre, cherchez un Poilu nommé Jean Piquemal « tombé au champ d'honneur » et explorez les 13 pages que vous découvrirez... si vous n'avez ni son sobriquet ni son lieu de naissance !

 

Au Ministère, personne ne sait donc comment traiter cet additif bizarre que mentionnent les registres matricules fuxéens sur la même ligne que le prénom mais tout à droite comme surnom :

 

sobriquet dans registre matricule.PNG

 

Il peut lui arriver bien des mésaventures à ce surnom ; on le fait simplement disparaître, c'est le cas le plus fréquent :

 

fiche sobriquet disparu.PNG

 

ou bien il figure sur la fiche comme un prénom quelque peu original et plus ou moins bien orthographié : ici, Marcel Dansemenut,

 

sobriquet prénom.PNG

 

 

Parfois, le rédacteur de la fiche hésite entre le patronyme et le sobriquet et nous trouvons encore la trace de ce dilemme :

 

sobriquet hésitation.PNG

 

 

Enfin les fiches les plus fidèles mentionnent le sobriquet précédé de « dit » soit dans la zone du prénom :

 

sobriquet bien indiqué mais en prénom.PNG

 

soit encore mieux à la suite du patronyme :

 

sobriquet bien indiqué.PNG

 

La plupart du temps, si vous saisissez le patronyme double, vous n'obtenez pas de réponse car voilà ce que donnent ces différences d'enregistrement dans les listes de la base :

 

mémoire des hommes et les sobriquets.PNG

 

avec aussi parfois des erreurs de transcriptions sur ces additifs inconnus...

Il est donc préférable, une fois noté à partir de la fiche, la classe et le numéro matricule, de vérifier la graphie du nom, le lieu de naissance et la filiation du Poilu pour éviter de le confondre avec un autre car, malgré ces patronymes doubles, les parfaits homonymes issus du même village ne sont pas rares...


05/07/2016
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