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généalogie


L'eau, ressource précieuse

Un trésor, l’enjeu du XXI° siècle, à ne pas gaspiller, polluer ; à partager, les medias nous rebattent les oreilles de ces slogans (des informations capitales, je suis d’accord) ! Mais croyez-vous que nos ancêtres en faisaient peu de cas ? Qu’en ayant à foison, ils ne s’en préoccupaient pas ?

Froidour écrivait que les Cousserannais avaient mis au point « des aménagements admirables de toutes les eaux qui sont sur les montagnes les plus hautes et qu'ils conduisent tout le long de ces précipices, les tournant et les détournant ainsi que bon leur semble par de petits canaux qu'ils font au moyen desquels arrosant incessamment ces lieux qui naturellement seraient secs et arides, ils font de très agréables prairies » (cité par JF Soulet La vie quotidienne dans le Pyrénées sous l'Ancien Régime p. 96)

Même si l’Ariège et les vallées de montagne en sont dotées en abondance, vous allez voir que cette ressource naturelle est au centre de la vie quotidienne, depuis toujours, elle est source de conflits et d’actes notariés. On ne vend ou ne partage jamais une terre sans mentionner l’eau !

 

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« d’un pré avec les eaux qui en dépendent pour l’irrigation dit la goutto, situé au quartier de Brenseit et limité au levant par Antoine Piquemal … » ( vente du 29-5-1853 d’un pré de Bernard Laffont à Galy Cabeilh )

 

Mais on peut aussi vendre de l’eau sans terre, enfin plus exactement une partie des eaux ou des droits d’eau…Nous verrons que ces transactions sont, en général très détaillées, prévoyant les jours et même les heures :

 

illustration 2.PNG

« une partie des eaux servant à l’irrigation d’un pré, dit la Ramoulat, situé au quartier de Liers, commune de Massat, confrontant Pierre Laffitte de Petit dit Jousipy, Jean Benazet… » (vente du 21-5-1882 entre Jean Sentenac Coublé et Raymond Laffitte de Petit chez M° Galy Gasparrou)

 

De l’eau pour les champs, les prairies (pour avoir deux coupes de foin) et les bêtes, c’est important mais il en faut aussi pour les hommes ! Interrogez-vous, vous qui n’avez qu’à tourner ou relever un robinet pour que l’eau, potable en plus, coule ! Vous en avez besoin pour les tâches ménagères, l’hygiène corporelle, le ménage, la lessive et même le lave vaisselle. Si, du jour au lendemain, vous deviez parcourir des centaines de mètres avec des sceaux ou des cruches… et pourtant j’ai trouvé des hameaux où il fallait parcourir 800 mètres pour aller au ruisseau et revenir bien sûr !! Dans tous les villages, il y a des fontaines, de vieux lavoirs, des abreuvoirs mais ils ne sont pas si anciens que cela !!

Enfin, en cas de catastrophe, le 18 n’existait pas ! Le fourrage est au fenil au dessus de la maison, la moindre flammèche, étincelle prend dans le chaume de la toiture et tout s’embrase. Comment éteindre, même avec la solidarité des voisins si l’eau est à prés d’un kilomètre ! 

Des sources, des cascades, des ruisseaux et des rivières plus ou moins « coléreuses », il y en a partout dans la vallée de Massat (et dans toute l’Ariège), même au bord des routes,

 

 illustration 3.PNG

                                                                 (col de la Crouzette)

 

Cette photo me remémore une chanson célèbre de Guy Béart : « l’eau vive »

« Elle court comme un ruisseau que les enfants poursuivent

Courez, courez, vite, si vous le pouvez

Jamais, jamais, vous ne la rattraperez »

 

Le problème est bien là, l’eau est partout en Ariège mais elle est « vive » et il est difficile de la capter, de la canaliser pour qu’elle puisse servir les hommes.

Ces sources et magnifiques cascades sont mentionnées sur les cartes de rando (papier ou en ligne si vous avez du réseau dans la montagne…)

 

illustration 4.PNG

                                                                       (Entre le Port et Vicdessos )

 

et donc l’eau se perd alors que le hameau en a besoin au quotidien mais il faut la capter et les travaux sont onéreux pour une population pauvre… c’est ainsi que l’on en trouve pléthore de traces chez les Notaires, voire dans la Justice de Paix, en cas de conflits.


21/09/2017
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La vie quotidienne en 1848 (suite de l'enquête)

Les maisons sont ainsi décrites « une petite maison basse couverte de chaume, leur lit, un grabat de paille un peu élevé au-dessus du sol ou bien un grenier à foin. » C’est, en effet, l’impression de dénuement que l’on retrouve dans les rares inventaires après décès (les biens du défunt restant la plupart du temps en indivis, les cadets n’ont droit qu’à la portion congrue et à l’hébergement s’ils restent à l’oustal).

« Ceux de la ville sont mieux abrités » Nulle part dans l’enquête, il n’est fait mention de l’insalubrité des maisons (en ville comme à la campagne) et pourtant, lors de l’épidémie de choléra de 1854, les médecins s’accordent à souligner que c’est un des facteurs qui a favorisé la propagation de la maladie avec la promiscuité.

Cette situation étant générale  dans les vallées et nul n’étant mieux loti que son voisin (excepté les notables bien sûr), ces « conditions médiocres » suivant la réponse d’Oust paraissent normales…

Sur le plan de la nourriture, par contre, on signale que « en général, la condition des ouvriers est précaire sous tous les rapports. Les pommes de terre sont à peu près l’unique aliment de la plupart d’entre eux ; trop heureux encore lorsque le produit de la récolte est assez considérable pour durer toute l’année… ». La maladie de la pomme de terre est encore présent dans les mémoires et la période de « la soudure » est récurrent : « Lorsqu’il n’en est pas ainsi, ils se nourrissent de maïs qu’ils achètent pendant les derniers mois voisins de la nouvelle récolte. » Même en termes choisis, on sent que le spectre de la disette, voire de la famine est continuellement présent dans les vallées.

La garde robe n’est guère plus riche que la table « habillés d’étoffes faites au pays » (Oust) « Les vêtements sont d’un drap grossier pour l’hiver et en toile de fil ou coton pour l’été …L’ouvrier de la ville est passablement vêtu en général. »

Les conditions de vie semblent identiques pour tous, proches, toutes, de la pauvreté ; pourtant la réponse d’Oust signale que « les menuisiers et les forgerons sont les plus aisés et ceux que l’indigence frappe le plus souvent sont les terrassiers. »


16/09/2017
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Enquête sur le travail en 1848

 

L'éphémère Seconde République (23/4/1848-29-1-1849) a le mérite de nous fournir un texte essentiel sur la situation économique du pays en ce milieu du XIX° siècle. Son objectif est, en effet, d'établir « un recueil de données objectives qui autorisait une meilleure connaissance de la vie sociale et économique des lieux concernés... ».
Elle devait aussi être « une enquête pour améliorer le sort des travailleurs » selon M. Thiers dans « le Constitutionnel » du 13 Mai 1848

 

Seulement à qui confier une telle enquête pour être sûr de sa véracité et à quel échelon territorial doit-elle se situer ? Après maintes discussions, il semble qu'elle ait été confiée à une Commission présidée par le Juge de Paix et donc se soit déroulée au niveau du canton ! Un pur bonheur pour le généalogiste qui pourra ainsi connaître « possibilités d'embauche » de ses ancêtres !
Le décret est voté par l'Assemblée Nationale le 25 Mai 1848, et les questionnaires élaborés parviennent à la Préfecture qui se charge de les faire parvenir aux chefs-lieux de canton ; dont Massat, bien sûr, et la vallée voisine d'Oust. Le tout est accompagné d'une lettre au "Citoyen Préfet" :

 

 Enquête 1848 lettre au citoyen préfet 1 recadrée.PNG

 

Cette enquête se présente donc comme ce que nous appellerions un "audit" national, destiné à améliorer et l'industrialisation et la condition des ouvriers. Elle représente donc un enjeu capital pour les décisions de la jeune République :

 

Enquête 1848 lettre au citoyen préfet 2 objectifs.PNG

 

Voyons ce que cette enquête cherche à déterminer : tout d'abord, les implantations industrielles, leur nombre, leur importance, leur rendement et les conditions de travail des ouvriers (horaires, travail de nuit, âge d'embauche ; bref ce que nous appelons aujourd'hui la « pénibilité »), leurs conditions de vie (habitat, nourriture et vêtement), les possibilités de formation ou d'apprentissage, les contrats d'embauche et de rémunération. Sont envisagées ensuite les entraves au développement industriel et leur possibilité d'amélioration  ; et là, le constat est dramatique pour Massat !
Un autre volet est consacré aux organisations de secours mutuels, prévoyance ; les industries qui peuvent nuire à la santé des ouvriers.


Les dernières questions ont trait aux « intérêts agricoles », comment améliorer la situation et freiner « l'émigration vers les villes »

Finalement, un questionnaire abordant les aspects les plus importants du monde du travail et qui est riche en résultats au plus proche de la réalité : le canton. Précipitez-vous sur la série M (10 M4 en Ariège) la même enquête a dû y être diligentée.


Physiquement, elle se présente sous la forme de 2 tableaux (format A3 environ) et comporte 29 questions en tête de colonnes, ce qui laisse un espace réduit pour les réponses qui sont souvent laconiques et rend difficile la lecture en ligne (j'en ai donc effectué une transcription avant la rédaction du billet)

 

Enquête 1848 instruction et morale  St Girons.PNG

Mon problème est maintenant de vous exposer les résultats du canton de Massat, sans vous endormir ; la littérature administrative a, sur moi, un effet soporifique ! Comment animer ces réponses pour que vous puissiez lire le billet jusqu'au bout ???


Question industries, Massat n'a pas de mines ou de carrières d'importance comme ses voisines ; elle n'a que la pierre d'Aleu ( O du challenge 2017) et des

carderies à laine "qui ne marchent que 2 ou 3 jours par semaine et alternativement sous la direction d'un seul ouvrier".

 

Enquête 1848 pierre d'Aleu.PNG

Par conséquent "le pays surabonde d'ouvriers" et "les ressources du canton sont si peu de choses sous le rapport de l'industrie" que la majorité des hommes et femmes se consacrent "au travail des champs".


Le faible développement de l'industrie a pour cause principale : "le défaut ou le mauvais état des routes... Faute de moyens de communication, nos rapports avec le chef-lieu du département sont presque nuls"! Les foires aux bestiaux en pâtissent aussi : "les Espagnols et les bouchers qui fréquentaient nos foires les ont abandonnées faute de pouvoir emmener d'une manière commode les bestiaux achetés..."

 

Enquête 1848 routes Massat 1 + petit.png

 

A la question 18 qui envisage les "moyens d'augmenter la production et d'assurer le développement", la réponse incrimine de nouveau le manque de moyens de communication, tant que le canton de Massat restera isolé, le développement sera lent voir inexistant... Mais, pour atteindre la vallée, il faut franchir des cols ou longer l'Arac (voir A comme Arac), les travaux sont difficiles et onéreux :
"L'achèvement de la route départementale, dite du col de Port, est l'unique moyen de développer un peu l'industrie dans notre canton...les voitures ne peuvent passer sur cette route dans l'état d'imperfection où elle se trouve actuellement."


Même dans la seule partie où existe une activité industrielle, Aleu, les routes posent problème : "Le chemin d'Aleu à Soulan... il est inoui que les charettes ne puissent pas aller prendre les pierres aux carrières mêmes alors que la chose est très possible et qu'il s'agit d'une exploitation considérable. Il est à remarquer surtout que la distance d'Aleu au Castet est très courte."

Comme le canton "offre peu de ressources", "ce n'est qu'en s'expatriant que l'ouvrier peut acquérir les connaissances nécessaires à son état...",

 mais la situation de l'apprenti est compliquée pour des familles pauvres ; c'est le canton de Saint-Girons qui évoque ce problème :

 

Enquête 1848 apprentissage St Girons.PNG

 

"les conditions de l'apprentissage sont ou de 3 années sans bénéfice pour l'apprenti ou 18 mois en remettant une certaine somme qui varie de 100 à 200 francs ?"

 

La situation de l'agriculture n'est pas meilleure à cause du "morcellement de la propriété" et de "l'inconstance des saisons si fréquente dans les pays de montagne". Il faut dire que l'enquête est effectuée au moment de la crise de la pomme de terre dont la récolte "manque cette année sinon en totalité, comme a eu lieu en 1845 et 46, mais en très grande partie" (voir D challenge 2017)

 

Pour pallier cette situation pour le moins difficile, on trouve pourtant une solution à mettre en oeuvre : " ouvrir de nombreux ateliers de travaux publics soit sur notre route départementale soit sur les chemins vicinaux". Construire donc ou terminer les routes, permettrait d'employer la main d'oeuvre disponible sur place et lui procurer un revenu pour ... payer ses impôts ! Au passage, on souligne que les impôts "sont exorbitants pour le pays et nullement en rapport avec ses ressources"

Mais alors, comment faisaient les Massadels pour ne pas mourrir de faim ! "Si une partie de la population ne migrait pas pendant la morte saison, il lui serait impossible non seulement de payer ses impôts mais de vivre".

Je suis consciente que cette enquête n'apprend rien à mes fidèles lecteurs, son seul mérite est consigner noir sur blanc, les difficultés économiques de la vallée et surtout d'en informer le pouvoir central.


27/08/2017
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La condition du cadet

Sous l’Ancien Régime, en Couserans, selon la tradition pyrénéenne, du Pays Basque à la Gascogne et au Comminges, l’aîné hérite de l’oustal mais aussi de la charge de la famille entière. Si les parents décèdent en laissant des enfants mineurs, il devient tuteur, doit doter ses sœurs, et s’ils survivent, les entretenir. Il est héritier mais enchaîné à sa terre et à sa maison.

Mais que deviennent les cadets ? Ils ont bien peu de possibilités.

 

La première : se marier « gendre » c'est-à-dire épouser une aînée (mais dans les actes on trouve une expression bien plus méprisante « venir se coloquer », il ne possède rien et vient habiter chez sa femme) encore faut-il qu’il amène une dot !! (G comme Gendre Challenge 2015)

 

La seconde partir travailler au loin comme ouvrier agricole et se constituer un petit pactole pour épouser une autre cadette mais leur vie risque d’être difficile.

  

La troisième : rester célibataire et devenir employé de l’aîné, situation très différente selon les familles mais toujours subalterne.

  

Enfin, la quatrième : partir, migrer définitivement loin du pays, tenter l’aventure pour se faire une vie, ailleurs.

Dumas et Rostand nous ont bien décrit la vie des cadets de Gascogne, car, tout comme les rustres, la petite noblesse avaient ses cadets, pour eux, ne restait que le choix entre l'église et l'armée, Ceux qui n'avaient pas été "appelés par Dieu" , nous les retrouvons dans « Les Trois Mousquetaires » ou « Cyrano de Bergerac » menant une vie aventureuse et débridée :

 

Cyrano Acte 2 sc VII Monologue des cadets ED Rostand.PNG

                                             (Cyrano de Bergerac acte II, scène VII Tirade des Cadets)

 

 

Chez les rustres, la situation est comparable et certains ouvriers agricoles s'étaient déjà installés dans les basses terres du Languedoc à la fin du XVIII° siècle ; là où ils pouvaient espérer une vie "meilleure"...

 

Olivier de Robert résume ainsi la situation avec une de ses formules magistrales dont il a le secret : " A la fin du XIX° siècle... tu es l'aîné ou tu crèves. On peut inventer de jolies phrases pour le dire plus poliment, mais le résultat est le même : si tu n'est pas l'aîné, tu n'as pas les terres, pas plus que la maison. On n'a pas les moyens de partager l'héritage ; les pentes sont trop rudes et les terres trop pauvres..." (Contes et légendes d'Ariège p. 428)

Cette constatation s'applique, là, à la vallée d'Oust, Ustou et Ercé mais elle est valable pour Massat, sa voisine...

 

Tous les moyens sont bons pour éviter cette condition subalterne et dépendante :

 

Être volontaire sous la Révolution ou l'Empire, remplaçant d’un aîné riche, ou simplement conscrit ; l’armée est une solution. Tous, avant leur départ, établissent leur testament devant notaire en faveur de l'aïnat, bien sûr.

 

Testament G Camboulas partant pour les armées de l'Empire photo 1818 4-10-2013.PNG


 Testament G Camboulas 18-5-1811 à son frère.PNG

"Lequel Galy Camboulas ... partant pour les armées de l'Empire, saint d'esprit et de ses sens nous a dit vouloir disposer de ses biens ... et institue son héritier universel et général de tous et chacuns les biens meubles, immeubles, voix, noms, droits, actions et prétentions qu'il laissera audit jour de son décès Guilhaume Galy Camboulas son frère, cultivateur, habitant dudit quartier du Sarailhé....

            (Testament  Jean Galy Camboulas fils de Jean et de Françoise Laffont del Cardaÿre du 18-5-1811 Massat)

 

Imaginez l'ambiance ! Ce n'est pas "la fleur au fusil" ! Le testament n'est qu'une formalité ; en réalité, ce soldat cadet n'aurait eu que quelques "compensations" bien maigres ( des ruches, une bedelle) mais le Code Napoléon supprimait le droit d'aînesse, comment éradiquer un droit ancestral dans les mentalités par une simple loi « parisienne » ? « Prudence est mère de sûreté » et un testament en bonne et due forme évitait les embrouilles !

 

Il est indéniable que ceux qui ont rejoint « les armées de l’Empire », ont eu l'opportunité de ne pas revenir et d'avoir des situations meilleures qu’au pays. S’ils sont revenus, ils ont eu des facilités d’emploi qu’ils n’espéraient pas. Gendarmes, gardiens pénitentiaires, gardes forestiers et même facteurs des postes et cantonniers sont recrutés à partir de leur parcours militaire jusqu’à la fin du siècle. A cela s’ajoute l'obligation de savoir lire et écrire mais c’est incontestablement un vrai « tremplin social », pour les cadets en particulier !

 

Le XIX° siècle va proposer d'autres opportunités, pourquoi ne pas essayer l'aventure plutôt que de rester domestique chez l'Aînat. Migrer, vers les plaines riches, vers les grandes villes ou bien plus loin au delà des mers, c'est la solution !

 

Ce droit d'aînesse absolue est le pivot de la société Pyrénéenne et pour en avoir une vision claire et érudite, ne vous contentez pas de mes petits billets. Plongez-vous dans :

 

Femmes Pyrénéennes.PNG

Une « bible » pour comprendre les relations sociales du Pays Basque au Couserans et qui plus est, très enrichissant et limpide, à lire et relire . Grand merci à Isaure Gratacos qui m'a si agréablement fait découvrir les fondements sociaux de la vie de mes ancêtres !

 


05/08/2017
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Scribe à Massat

Avant les lois Ferry qui rendent l'école obligatoire et … gratuite, ce qui est capital dans les montagnes, la quasi totalité des paysans sont illettrés dans les vallées. Quelques gamins fréquentent l'école en hiver puisqu'on ne sait pas quoi faire d'eux et quand ils rentreront, ils s'occuperont des bêtes ; encore faut-il qu'ils amènent une bûche ou deux et donner quelques pièces. Bon, tous les parents ne sont pas prêts à faire de tels sacrifices pour que les marmots usent leurs fonds de culotte sur un banc !

Je suis d'autant plus fière de mon aïeul Jean Laffont del Cardaÿre qui a su comprendre l'importance de l'école et son fils Mathieu sait lire et écrire avant les lois Ferry ! Certes, c'est dangereux... Mathieu, « le lettré », quittera l'oustal et deviendra cantonnier (première marche d'une possible ascension sociale) Aussi clairvoyant que son père, Mathieu enverra son fils François (mon AGP) à l'école, il deviendra « facteur des postes » mais quittera la vallée...alors qu'il est l'Aïnat !!!

D'autres ont su "exploiter" l'illettrisme des Massadels. Dans la vallée, seuls les notables ont accès à l'écrit (Notaires, élus municipaux, médecins, huissiers, géomètres etc) alors un certain Arnaud Darbon, âgé de 22 ans, s'établit « scribe » et il laisse des traces dans l'Etat civil : il est témoin de décès (est-ce une manière de publicité avant l'heure?)


Au premier acte, j'avais failli le « manquer » tellement sa profession était innovante à Massat et mentionnée de manière presque confidentielle, il devait venir de s'installer :

 

Armand Darbon scribe souligné.png

Je ne peux pas attester de ses qualités épistolaires mais il est indéniable qu'il a une belle signature : en Juin, elle est encore basique

 

signature Darbon en Juin 1886.PNG

 

 

En Décembre, elle est plus « ornée »

 

signature Darbon en Décembre 1886.PNG

 

Nous allons essayer de voir combien de temps ce scribe restera à Massat, à partir des registres de l'Etat civil.
Manifestement, au regard de son patronyme, c'est un "étranger" à cette vallée.

 

Jusqu'en 1890, il apparaît comme scribe, entre 9 et 20 fois, suivant les années, témoin dans les actes de décès de la commune. En 1891, il change brusquement sa qualification et se présente comme "praticien" et continue à signer les actes.
Entre 1892 et 1895, il y a une lacune dans l'Etat civil mis en ligne, peut être n'est-ce qu'un accident dans la numérisation. En tout cas en 1896, Arnaud Darbon se fait plus rare à la Mairie, sans doute parce qu'il est désormais "commis de perception" ce qui lui accorde moins de liberté.
D'où vient cette famille ? Il existe un autre Darbon à Massat, de 9 ans son aîné qui exerce la profession de boulanger : son frère ? 

 

Une rapide recherche, nous apprend que son aïeul Jean décède à Massat le 10 Août 1841, âgé de 37 ans, il est mécanicien et natif de Miramont, arrondissement de Saint-Gaudens en Haute Garonne (autrement dit l'ancien Comminges). Son fils Etienne naît lui aussi à Miramont et se marie à Massat le 28 Novembre 1860 :

 

X Etienne Darbon Laffont Lagras 28-11-1860 Massat.PNG

 

D'où quelques naissances Darbon dans la vallée :

 

TD ° Darbon Massat.PNG

 

Finalement, il semble que la famille ait fait souche à Massat entre 1840 et 1897... une migration "à rebours" ?

Resteront-ils dans la vallée, les archives en ligne s'arrêtent en 1897 et les Laffont Lagras ne se sont jamais alliés aux Laffont del Cardaÿre.

Fait donc ton chemin, Arnaud Darbon, ravie de t'avoir rencontré au détour d'un acte d'Etat civil...


01/08/2017
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