aujols-Laffont

Challenge AZ 2015


A comme... Ariège

Bonjour et bon courage à tous !

Mon blog est nouveau-né (1 mois) mais j'avais envie de participer au challenge depuis un an, alors allons-y ! Défi supplémentaire, je ne voudrais vous parler que de ma branche ariégeoise, les autres branches : normandes (un s pour l'instant, les deux Normandie n'étant pas encore officiellement réunies), picarde, belge et luxembourgeoise, auront leur place, je l'espère, dans les challenges suivants.

Je ne suis pas née en Ariège et n'ai que 12,5% de sang ariégeois ; ma découverte de ce pays et mon "coup de coeur" datent d'une quinzaine d'années... D'emblée, en néophyte pure, j'avais noté les disparités visibles, audibles et ressenties que recélait ce pays. Quel rapport entre le pays de Foix, la moyenne montagne et les hauts sommets, tout est différent : le paysage, les maisons, le mode de vie et même l'accueil, l'atmosphère. C'est comme si il y avait deux Ariège, une de la plaine et une de la montagne...

Les premières impressions sont souvent significatives car si l'on étudie la constitution de ce département, il est évident que ce ne fut pas simple dès 1789. Soyons juste, on ne peut pas dire que la situation était plus claire sous l'Ancien Régime, en effet : "l'enchevêtrement des circonscriptions était tel que pour aller de Foix à Saint-Girons [ 50 km environ ] il fallait franchir six frontières de province !" (Images de la Révolution française en Ariège .- Conseil Général ; AD 09,1989 p.7)

En fait, l'Ariège est un amalgame d'entités sociales, économiques, culturelles et même linguistiques : voici la recette, prenez quelques gros morceaux (Pays de Foix, Pays de Mirepoix et Couserans) et saupoudrez le tout de bribes de Comminges et de Donezan.

ariège.PNGcarte Wikipédia

 

Abandonnant le découpage géométrique, un temps envisagé, "l'Assemblée s'arrête à une solution plus réaliste : les anciennes provinces seraient prises pour base" (op.cit. p.30 ). Cela n'arrange rien pour la future Ariège, loin de là ! La décision provoqua des débats animés ; en effet, les provinces étaient trop petites pour former un département à part entière, il fallait réunir ! Mais (ré)unir qui avec qui ? Pas moins de 6 projets de découpage et d'union virent le jour durant l'hiver 1789-1790... (les 6 cartes op.cit. 32) Union du Couserans avec Auch, Pamiers uni à Perpignan, immense département unissant Tarbes, Toulouse, Foix et Castelnaudary, ou minuscule Pamiers et Saint-Girons, Saint-Girons et saint Gaudens bref, tous les découpages, toutes le superficies ont été étudiés... Restait en plus la localisation du chef-lieu ! Pour l'actuel département, une décision envisagea qu'il soit alternativement à Foix, Pamiers et Saint-Girons... ce qui n'arriva jamais !

Pendant ce temps, le Couserans voulant garder son unicité et ses particularités, écrivait à l'Assemblée en 1789 : "La nature semble avoir prévenu nos désirs et les vues de votre sagesse en formant l'enclave de tout le païs du Couserans, en lui donnant aux quatre aspects des bornes naturelles et permanentes... dont le point central se trouve dans la ville de Saint-Girons... ce paÏs ne peut être divisé ni adjoint à d'autres au delà de ses  bornes naturelles sans gâter tout l'ensemble qui en fait l'heureuse harmonie." (op.cit. p 33)

Autrement dit, le Couserans, avec des raisons légitimes, revendiquait de devenir un département à lui seul, la géographie physique était son alliée, seul bémol, il n'était pas assez étendu ! et son rattachement à l'Ariège ne sert qu'à faire "bon poids".

Opinion défendue par Madame Isaure Gratacos : " Le Couserans, partie Sud-Ouest du département, partie culturellement "hors" de l'Ariège puisque nous sommes là sur une terre gasconne rattachée artificiellement à un territoire languedocien, depuis les caprices départementalistes du député Vadier sous la Constituante." (Femmes pyrénéennes, un statut social exceptionnel en Europe .- Privat, 2008 p.25)

Rien n'est simple en Ariège et spécialement en Couserans, ni les patronymes, ni les mariages, ni les successions, ni les amitiés ou inimitiés, pas même la vie quotidienne ! Vous voilà prévenus mais c'est ce qui en fait tout le charme...

 


01/06/2015
8 Poster un commentaire

C comme "Carda"

Outil du cardeur de laine, la carda est un engin redoutable ! Elle a aussi donné naissance au sobriquet porté par mes ancêtres Laffont del Cardaÿré

carda.PNG

     Musée Pyrénéen de Niaux

Une fois les ovins tondus, il fallait laver la laine pour enlever le suint, ensuite la carder pour enlever les impuretés et la démêler avant de la filer et de la tisser.

"Le cardage est en effet une opération délicate. Le cardeur travaillait sur un chevalet en bois avec une partie en creux aménagée pour y mettre la laine. Le dessus du chevalet permettait d'y attacher une ou des cardes en plaçant la pince en bas et le talon en haut. Le cardeur tenait l'autre carde à deux mains dans le sens contraire et peignait la laine jusqu'à ce que les petites [!!] pointes métalliques dispersent les fibres. Il existait une variété de cardes en fonction de l'avancée du travail : les "placqueresses" pour le premier travail, les "étocqueresses" pour le second et enfin les "repasseresses" pour le travail de finition. " (Nos ancêtres : vie et métiers n° 4 p. 53).

Mon plus ancien ancêtre connu : Raymond Laffont del Cardaÿre, dicte son testament 1750 et il est bel et bien cardeur de laine ; ses deux frères, François et Pey Jean testant à la même période sont, eux, tisserands.

La plupart des sobriquets, dans la vallée de Massat, proviennent du nom du hameau habité par la famille (Loubet del Bayle ou Piquemal Barou) ou du métier exercé, comme ici. Les familles devenant de plus en plus nombreuses, les prénoms (celui du parrain)  étant peu variés, de nouveaux additifs apparaissent pour distinguer les multiples Jean Laffont del Cardaÿre contemporains. Il s'agit là, à mon sens, de vrais sobriquets introduits par "dit" ; le premier étant plutôt une extension ou un additif au patronyme :

 exemple de patronyme avec sobriquet.PNG

                                                                           Tables décennales de Massat 1813-1822 AD 09 en ligne

Il arrive aussi que le sobriquet fasse disparaître l'additif de patronyme ce qui ne facilite pas la tâche du généalogiste... Pour les Laffont, on ne peut pas ajouter un nom de hameau puisqu'ils habitent presque tous au hameau des Eichards, on ajoute donc, dans deux des branches, dit Belet et dit Parrat (j'ignore la signification de Belet et Parrat signifie "moineau" en patois*). A la longue, peut-être dans le souci d'éviter les patronymes triples, le premier additif est sous entendu. 

Tout le monde, à Boussenac, connait le jeune Guillaume Laffont Parrat qui se marie le 19 Mai 1880 avec Marie Loubet Rajol et sait que c'est un del Cardaÿre mais, pour l'Etat civil ce n'est pas si simple et il est préférable de le préciser par écrit :

sobriquet.PNG

 " fils légitime et mineur de feu Laffont Bernard Parrat ou del Cardaÿre, les deux surnoms étant identiques et se rapportant à la même personne comme il nous l'a été affirmé par les parties contractants et les témoins bas-nommés..." (AD 09 1NUM5/5Mi209 ).

La nouvelle extension de nom a donc supplanté l'ancienne et de telles mentions sont une aubaine pour s'y retrouver de nos jours. Les Laffont del Cardaÿre, les Laffont Parrat et les Laffont Belet sont donc issus de la même souche (les trois frères testant dans les années 1750), par contre les Loubet Laffont, les Laffont del Par et les Laffont de Sentenac (riche famille de la vallée) ne sont pas apparentés avec eux...

Je vous avais prévenu, quelques aspirines sont à prévoir pour faire votre généalogie en Couserans !

 

*   [appel aux habitants de la vallée ! si vous savez le sens de ces sobriquets , merci d'avance !]


03/06/2015
3 Poster un commentaire

D comme Demoiselles

De solides "mountagnols", pas très grands mais durs à la marche et à l'effort, qui se déguisent en femmes ! Une chemise de leurs compagnes fait l'affaire, du noir de fumée (il n'en manque pas dans les cheminées) pour se noircir le visage : voici les "Demoiselles" qui ont mené une guerre contre le Code Forestier qui les acculait à la ruine et les condamnait à mourir de faim et de froid...

En 1829, ce code entend réglementer l'usage des forêts ; si, dans certaines contrées du Nord, il a pu être un progrès, pour le Couserans, c'est un cataclysme! En effet, les paysans avaient des chartes signées depuis "des temps immémoriaux" (en fait, vers le XIII° siècle) par les seigneurs successifs qui leur garantissaient un usage libre des forêts, nécessaire à la survie de la communauté souvent au bord de la disette.

Dés la promulgation du code, les gardes forestiers multiplient les amendes, confiscations de bétail et arrestations, ce qui est conforme à la nouvelle loi mais que le petit cultivateur-éleveur ne peut accepter. Le paysan ne peut plus ramasser de bois  de chauffage, encore moins du bois de construction, le pacage des bêtes à laine, des chèvres et "bêtes à grosses cornes" (les bovins) sont interdits, même le glanage peut être sanctionné : glands pour les porcs, feuilles servant de complément de fourrage, fruits sauvages (faînes pour l'huile, châtaignes) et champignons. Avec des exploitations qui ne dépassent pas 2 ou 3 hectares (prés inclus), souvent moins depuis que le droit d'aînesse n'est plus reconnu (ce qui entraîne un morcellement des terres ou un indivis dont on ne peut se libérer) ; cette loi, c'est la misère assurée et les mauvaises années la disette voire la famine dans ces montagnes qui sont déjà surpeuplées...

Alors la vallée de Massat se soulève (mais aussi Buzan, Saint Lary et bien d'autres), harcèle les gardes forestiers et les charbonniers qui dévastent la forêt au profit des riches maîtres de forge et font bien plus de dégâts que le simple paysan et ses deux brebis ou sa vache. C'est une véritable guerre de harcèlement, on rosse l'adversaire à coups de bâtons ferrés que tout montagnard emmène dans ses déplacements, à la moindre alerte le "illet" retenti ( cri, appel entre les bergers) et les paysans les plus proches accourent à la rescousse, les femmes mettent les enfants à l'abri. On rosse mais on n'emploie pas d'autres armes que celles du quotidien, on ne tue pas. On parade aussi : à Massat, 300 puis 600 Demoiselles se montrent en plein jour mais personne ne les reconnait !!! ni le Maire, ni le Curé, bien que tout le monde, sans doute, puisse mettre un nom sur chaque visage malgré leur grimage... Tout un pays est complice parce que tout un pays souffre et est menacé dans sa survie.

demoiselle.PNG

                                                                                                       Musée Pyrénéen de Niaux

La "Guerre des Demoiselles" aurait pu être une jacquerie sanglante, mais je pense que, si les Massatois sont rebelles dans l'âme à tout ce qui leur est imposé de l'extérieur, de Paris ou même de Toulouse, s'ils sont violents lorsque leur honneur ou leur survie sont en jeu, ils s'en tiennent à une bonne correction sans idée de tuer : cette guerre qui dura 2 ans n'a fait que 2 morts mais elle eut des résurgences de moindre ampleur jusqu'en 1870.

Qui a porté chemise? Tous et chacun, la Demoiselle était un cultivateur ou un pâtre qui, le lendemain, apparaissait comme un villageois tranquille, tous anonymes comme les Chouans avant eux ou les Résistants ensuite.

Combien de Laffont del Cardaÿre parmi  eux ? Comme j'aimerais être "au cantou" dans l'oustal de mes ancêtres et écouter les récits, les projets d'embuscade, les inquiétudes de la famille et plus tard les légendes !


04/06/2015
1 Poster un commentaire

B comme... bouilleur de cru (aguardente en patois)

Au XIX° siècle, la vallée de Massat vivait en quasi autarcie de polyculture (grains et pommes de terre essentiellement) et d'élevage ovin, caprin et bovin pour les plus aisés. Même dans les bonnes années, la récolte permettait peu de revente, dans les mauvaises la disette pouvait survenir : un dicton affirme que celui qui cultive des terres de montagne rit un an et pleure 7 ans...

Il était donc impératif de compléter les revenus et de se procurer " du numéraire métallique", comme disent les notaires, pour acquitter les impôts, acheter quelque outillage et payer les dots. Les hommes partaient donc faucher, moissonner et vendanger en Espagne ou dans les plaines de l'Aquitaine ou du Languedoc mais certaines vallées avaient des spécialités plus "originales" : les montreurs d'ours venaient d'Ercé, d'Oust et d'Ustou, les bouilleurs de cru de Massat.

 aguardente.PNGBien avant les magnifiques machines en cuivre que l'on peut admirer dans les musées (Musée Pyrénéen à Niaux ou Les Forges de Pyrène à Foix) mais qui nécessitaient une traction animale, l'aguardente portait sa chaudière. Il quittait la vallée à l'automne pour aller transformer prunes, poires, pommes et raisins en eau de vie dans les plaines du Languedoc où il séjournait deux ou trois mois. Il en revenait avec quelque argent et du vin. On disait "aller à la chaudière" ou en patois "qu'anabon a la caoudièro"

Les archives notariales recèlent parfois de bonnes surprises, voici une reconnaissance de dette (du 9 Juin 1835) pour la commande d'une chaudière en cuivre destinée à Jean Claustre Peyas, habitant du col Dourben et fabriquée par Jean Galy Briulat 

chaudière.PNG

"... nous a déclaré devoir au sieur Jean Galy Briulat, chaudronnier, habitant de Massat présent et acceptant la somme de 100 fr formant le prix intégral d'une chaudière en cuivre livrée par ce dernier audit Claustre Peyas..." (M° Espaignac 5E7705 n°154 AD 09)

Monsieur Toulze "Grabét" cite deux bouilleurs de cru de Biert : Jean-Baptiste Pages Garrigues "Gestou"  et Raymond Loubet Medaci qui exerçait encore à l'âge de 78 ans en 1910 mais il n'indique pas de quel matériel ils disposaient (A Biert, village d'Ariège autrefois .- e/dite, 2001 p.75 et p.163)

 


04/06/2015
6 Poster un commentaire

E comme "esclop"

Mot occitan qui désigne le sabot et que l'on retrouve en français dans éclopé : qui se déplace difficilement mais étymologiquement à qui il manque un ou des sabots.

Dire que nos ancêtres n'étaient chaussés que de sabots ne fera pas un article passionnant (même si je suis issue d'une lignée de sabotiers de l'Aisne, les Hocry). Par contre, j'espère que cette photo va vous amuser :

 

esclop.PNG

                                                                                    Les Forges de Pyrène à Foix atelier du sabotier

 

Regardez bien, il s'agit d'un sabot de contrebandier avec le talon devant ! Il permettait au contrevenant de faire croire à d'éventuels poursuivants qu'il empruntait le chemin inverse... Beaucoup de gens dans la vallée devaient en posséder, car, passer les ports (cols) avec des denrées plus ou moins licites, permettait d'améliorer l'ordinaire. Les bergers montant aux estives connaissaient tous les chemins pour passer en Espagne, sentiers connus depuis les "Bons Hommes" cathares fuyant les Croisés et les Inquisiteurs jusqu'aux passeurs de la Seconde Guerre mondiale.

En fait, les liens entre le Couserans et le Val d'Aran sont immémoriaux et officialisés, depuis l'époque médiévale, par les "lies et passeries" qui définissaient les liens commerciaux et droits de pacage en haute montagne entre les deux versants de la chaîne Pyrénéenne. Habitués à passer la frontière impunément, les Massatois ne devaient pas se sentir des délinquants majeurs en ramenant de l'huile d'olive ou de la laine.

Ainsi les frères Loubet Rajol avaient "oublié" qu'il y avait 150 litres d'huile dans leur oustal, ils vont déclarer chez le Notaire le 22 Juin 1819 que l"huile saisie par les douaniers à leur domicile ne leur appartient pas et qu'ils ignoraient son existence... Je n'ai pas trouvé de jugement les concernant, leur déclaration a-t-elle fait son effet ? Mais ils ont enregistré une perte énorme avec la saisie de cette huile d'autant que la famille est répertoriée comme indigente.

Le 27 Septembre 1823, Pierre Menoret de Soulan est appelé à comparaitre par l'administration des Douanes car il a été surpris au port d'Aula avec 15 kg de laine qu'il ramène d'Espagne sans en avoir acquitté les droits :

contrebandier condamné.PNG

" coupable du délit qui lui est imputé en réparation de quoi l'a condamné et condamne à cinq jours de prison, cinq cents francs d'amende et aux dépends liquidés à trente deux francs et vingt sept centimes a déclaré bonne et valable la saisie de la laine dont il s'agit et ordonne que la condamnation ci-dessus prononcée serait payable par corps..." (AD 09)

Une bien mauvaise affaire, le kilo de laine de contrebande revient cher !


04/06/2015
3 Poster un commentaire


Recherche

Vous recherchez ? :