aujols-Laffont

G comme Gendre

En Ariège, comme dans les Pyrénées en général, on trouve une expression "se marier gendre" ou "en gendre". Tous les époux sont des gendres pour leurs beaux-parents, alors que cache cette expression ? Elle va nous faire découvrir les bases de l'organisation sociale dans les Pyrénées sous l'Ancien Régime et qui semble perdurer au XIX° siècle peut-être plus tard, malgré le Code Napoléon établissant l'égalité entre les héritiers.

Pour la comprendre, il faut connaître le système ancien de succession : l'aîné est l'héritier comme partout en France, MAIS, comme ajoutait ma grand-mère, "qu'il soit fille ou garçon". C'est donc un système d'aînesse "absolue" qui, à ma connaissance, n'existe que dans ces montagnes. Reste à savoir ce que cela implique dans la vie quotidienne et pour les "futurs".

Héritant d'un "oustal" (maison avec les terres), un "aïnat" (aÿnat) ou une "aïnada"  ne peut épouser un autre aîné : il y aurait, dans ce cas, une maison délaissée ou un conflit entre les deux maisons, à moins que le père ne déshérite l'aîné au profit d'un cadet... L'aîné(e) doit donc épouser un(e) cadet(te) ; la combinaison idéale est que l'aîné de l'autre maison épouse une soeur cadette de l'aînée, ces mariages "croisés" sont une bonne transaction qui permet d'économiser une dot ou de réduire celle du gendre. En effet, c'est le futur gendre qui amène une dot en épousant une aînée mais il aura la jouissance de l'oustal en cas décès de sa femme (sauf s'il se remarie, auquel cas, il ne retrouvera que sa "dot" ) et le transmettra à sa descendance.

Un système très compliqué, me direz-vous, et dans lequel l'amour n'a aucune place (situation presque générale en France avant la deuxième moitié du XX° siècle, le mariage est une affaire économique et sociale avant tout), il faut aussi ménager l'église en évitant les cousinages trop proches. Bref, se marier n'est pas si simple dans la vallée de Massat, d'autant qu'il est rarissime d'aller chercher son conjoint hors de la vallée ! Il me semble (mais je ne peux pas encore le prouver) que les mariages entre hameaux se font dans un système cyclique sur 3 ou mieux 4 générations.

On trouve mention de cette organisation dans les testaments, voici celui de Magdeleine Galy Mouras daté du 3 Octobre 1859 :

article gendre T Galy Mouras.PNG

 

 " ... pour la tranquilité de ma conscience que ledit Jean Galy Janjou mon mari est venu se colloquer en gendre chez moi a fourni pour l'arrangement de mes affaires la somme de 800 fr ; et comme il est juste qu'il retrouve cette somme, je lui en fait reconnaissance sur tous et chacun de mes biens...". L'héritière sera Michelle Galy Janjou, fille de Magdeleine et Jean, il n'est pas fait mention d'autres enfants et elle sera une autre aînée à marier ! (AD 09 5E7837 M° Galy Gasparrou acte n° 467)

Quelle est donc la situation du gendre dans sa "famille d'accueil" ? Si l'on en croit Isaure Gratacos, elle n'est guère enviable : " Le cadet-gendre était, en général, dans une position subalterne face à son beau-père. Mais - situation plus inhabituelle dans notre Occident patriarcal - il l'était souvent aussi face à sa femme puisque celle ci était "chez elle". L'opinion a parfois été émise que le cadet-mari devenait le premier domestique de sa femme. La généralisation du fait paraît tout à fait exagérée ..." Mais plus loin elle ajoute : "On ne peut que constater que, dans nombre de couples nés jusque vers 1920, lorsque l'épouse est mariée chez elle, c'est elle qui décide de la gestion de la maison, des achats et des ventes et qui tient les cordons de la bourse." (in Femmes Pyrénéennes .- Privat, 2008 p. 76) [Un livre qu'il faut lire pour comprendre la société pyrénéenne pour le moins complexe et originale ; du pays Basque aux Pyrénées Orientales]

Nous verrons, dans un autre article qui serait trop long pour le challenge, que la situation fut différente chez Arnaud Auriac Coupet, mon AAAGP. C'est une véritable saga entre le beau-père et le gendre qui dure des années et se conclue par le testament d'Arnaud...

La situation du gendre semble  donc dépendre surtout de la personnalité du beau-père et de l'aînée qu'il a épousée !



08/06/2015
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