aujols-Laffont

L'eau, source de progrès au quotidien

Certains villages importants disposèrent de « points d'eau » dès le début du XIX° siècle mais c'est durant le dernier tiers du XIX° siècle que les projets de points d’eau dans les petits hameaux se multiplient ; ce sont pour la plupart des projets que nous qualifierions de « trois en un », c'est-à-dire qu’ils allient fontaine et lavoir pour les besoins des hommes et abreuvoir pour les bêtes. De tels projets nécessitent une bonne entente au sein de la communauté car tous les riverains du ruisseau destiné à alimenter la fontaine sont concernés et un seul opposant en amont peut le compromettre ! Mais, avant l’arrivée de « l’eau courante », quel confort pour les femmes !

Voyons quelques exemples de ces réalisations et les accords que cela implique.

 

Le village de Boussenac avait déjà un point d'eau (à côté de la maison de Jean-Baptiste Caujolle Bert) grâce à un réservoir dit « la fount de Boussenac » (rien d'original!) alimenté par une source canalisée par des tuyaux en terre cuite qui devaient traverser les terrains de plusieurs propriétaires pour, en fin de course, remplir le dit réservoir.

Nous venons de voir les conflits, parfois interminables ou violents, là, c'est une belle entente entre pas moins de 20 comparants que va consigner M° Galy Gasparrou ! Belle entente, certes, mais il faut tout définir, tout codifier et l'acte comportera 5 pages... Le système d'alimentation existe déjà en Décembre 1811 mais il reste bien des problèmes à régler, en particulier l'entretien des installations :

 

entretien des conduits Boussenac 1811.PNG

« dans lequel endroit les comparants usent de cette eau pour tous les besoins domestiques, que pour avoir libre cours pour la dite eau jusqu'à l'endroit ci-dessus désigné, il est souvent nécessaire de faire des réparations dans les conduits de cette même eau, que les réparations devant être à la charge de tous les habitants dudit village de Boussenac, il arrivait souvent qu'elles n'avaient point lieu ou qu'elles excitaient parmi les comparants... »

 

L'acte est donc passé pour clarifier les engagements de chacun des 20 comparants et organiser les travaux : « ils s'obligent tous volontairement et par le présent de faire les réparations de quelle nature qu'elles soyent » Mais qui va définir les travaux à entreprendre et leur caractère impératif ; il faut désigner des responsables, ils seront deux

 

responsables entretien Boussenac 1811 2.PNG

« pour prévenir la confusion qui pourrait avoir lieu, soit pour reconnaître la nécessité de ces réparations, soit pour régler l'ordre et la manière de les faire, les comparants ont convenu que François Bénazet Ramoundinat et Antoine Teychené Barjot, d'entre eux, sont et demeurent chargés, dès ce moment, de déterminer la nécessité desdites réparations, d'en prévenir les autres comparants, de régler la manière, le jour et le lieu où les réparations devront avoir lieu et d'y contribuer aussi , eux mêmes pour leur part et portion.

 

 

En ce 9 Décembre 1811, tout le monde est d'accord mais, il faut prévoir qu'à l'avenir, il puisse y avoir des récalcitrants ! Alors, si quelqu'un refuse de faire ou de participer aux réparations, on définit une sanction : « faire remplacer le défaillant par un ouvrier à leur choix à raison d'un franc 50 centimes par jour, somme à la charge du défaillant » et à régler « en numéraire métallique »...Quand on connaît la rareté du numéraire dans la vallée, c'est une sanction dissuasive...

On profite aussi d'être tous devant Notaire pour définir par écrit, les terres que l'eau traverse et dont les propriétaires s'engagent à « laisser passer la ditte eau », en contrepartie si, en passant, l'eau « cause du dommage » aux terres et jardins traversés, les autres utilisateurs du réservoir s'engagent à payer conjointement ces dommages.

Cet accord, onéreux (5 pages) devrait être durable puisque les comparants s'engagent pour eux et leurs héritiers ! Sauf si « l'un des comparants venait à ne plus être domicilié au village » mais la période des migrations massives est encore loin !

 

Autre bel exemple de solidarité la fontaine-lavoir-abreuvoir du Col de Boulogne. Le hameau est moins peuplé mais l'acte est établi le 22 Février 1882 au nom de 12 personnes :

 

comparants col de Boulougne1.PNG

comparants col de Boulougne2.PNG

  

Je n'ai pas résisté à l'envie de vous prouver que les notaires s'attachent à nommer précisément les comparants : prénoms, noms, sobriquet(s), filiation paternelle et liens familiaux ; pour le généalogiste, un bonheur pur !!!

Bon revenons à notre projet ; le hameau n'a pas de fontaine , il s'agit de construire :

 

projet col de Boulougne.PNG

«  au centre du hameau une fontaine à plusieurs bassins où l'on puisera l 'eau des ménages, où l'on abreuvera le bétail, où l'on pourra enfin laver le linge »

Là aussi, on captera l'eau de ruisseaux grâce à des « tuyaux en terre cuite »

 

origine de l'eau col de boulougne.PNG

 

« eaux du ruisseau de Cana qui se jette dans le ruisseau de Bauch au village du Col de Boulogne, au moyen de tuyaux en terre cuite... »

 

C'est l'instituteur, Adrien Piquemal de Biert, qui sera chargé de chiffrer le coût de cette fontaine-lavoir-abreuvoir, là aussi, la participation de chacun aux travaux est définie.

 

A la lecture de ces actes, ce qui me fascine chez mes ancêtres ariégeois ou leurs contemporains, c'est à la fois leur sens profond de la solidarité, de l'entraide et paradoxalement leur penchant pour la querelle voir la violence...je m'y retrouve un peu !



28/09/2017
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