aujols-Laffont

N comme Nuit

En l'absence d'éclairage, qu'il soit prodigué, chichement, par les fumeuses lampes à huile ou les chandelles, la nuit est redoutable ; elle déforme les perceptions et permet à tous les malfaisants, humains ou non de s'introduire dans l'oustal : « Un monde peuplé de ce que les Pyrénéens appellent : lous paüs, les peurs. Ce terme générique recouvre toute une population d'êtres fantastiques... » (Olivier de Marliave, Trésors de la mythologie Pyrénéenne, p.219)

N'oublions pas que nos ancêtres vivaient dans l'obscurité dès le coucher du soleil ! L'âtre ne prodigue qu'une faible lumière et renvoie sur les murs des ombres qui peuvent être inquiétantes ; l'huile, même de faine, est rare et la chandelle chère.

 

Au cantou, les contes ne sont pas pour rassurer : les êtres maléfiques peuvent survenir, par la cheminée ou toquer à la porte et les conteurs d'entretenir cette peur de la nuit....

Voleurs, assassins n'agissent que de nuit, c'est bien connu !

Mais voilà, faire le tri est bien compliqué car le Christ et les Saints arpentent aussi les vallées (C comme Christ) et se doivent d'être bien reçus.

 

Hors de l'oustal, c'est pire !!

Sans lumière, il est facile de faire un faux pas et de tomber dans un ravin (à ce propos un mot qui me plaît beaucoup « débarouler » = dégringoler en roulant, mais je le crois de Nîmes) même sur un chemin connu, à cause des intempéries : orages, brouillard subit ou neige qui rendent le sol glissant !

Et les bêtes fauves, elles, rodent ! Les ours semblent être moins redoutables et redoutés que les loups qui pullulent en hiver et même en été ! 

 

loups Vicdessos 1847.PNG

                                                                           (L'Ariégeois du 27-7-1847)

 

Au dehors, les entités bénéfiques ou démoniaques s'en donnent à cœur joie et nul n'est à l'abri d'une rencontre inquiétante...

 

Personne n'est vraiment à l'abri dehors ou à l'oustal ; c'est une des raisons qui rend nos ancêtres si superstitieux. La nuit est un univers redoutable et magique

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Certaines plus que d'autres ! La Toussaint, bien sûr, puisque les morts reviennent, qu'il convient de bien les accueillir.

La Saint Jean est, elle, une nuit bénéfique durant laquelle le village fête l'été et les amours naissantes. Elle prodigue aussi des remèdes pour l'année à venir : restes de brandons du feu béni pour éloigner la foudre et pléthore de plantes à récolter le lendemain qui feront merveille contre tous les maux de l'année qui suit ! N'oubliez pas aussi de vous rouler dans la rosée du matin et de récolter quelques gouttes de cette rosée magique !

 

Mais aucune nuit n'est plus ambiguëe que celle de Noël !

Naissance de l'Enfant Dieu, nuit de liesse, certes ! Mais les forces du Mal se déchaînent aussi contre la Rédemption promise...

Il convient donc d'être particulièrement vigilant et nombre de contes préviennent les mortels

 

L'église est loin des hameaux, certains doivent rester à l'oustal : les Anciens, eux sauront se protéger, les femmes en gésine, laissée à la garde d'une ou plusieurs Anciennes pourront enfanter un armier ou armière (A comme Armière Challenge 2016) ; par contre ne laissez jamais des enfançons seuls ! Vous pourriez les retrouver,à votre retour de la messe, embrochés et rôtis par des sorcières, comme dans un des contes à faire frémir de cette magnifique bande dessinée  !!!

 

contes de Gascogne 2.PNG

 

 

Encore un danger : rencontrer « la cart deras armos », c'est-à-dire la charrette des Morts. Dans ce cas, une seule solution : « se coucher dans le fossé sans respirer. Les morts passeront alors en croyant que c'est une pierre ou un tronc. Mais si l'homme est reconnu, il est déchiqueté par les trépassés ou obligé de les suivre... » (Fonds Vézian, 1934) 



15/06/2017
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