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généalogie




Vivre à même pot et feu

Une expression qui revient souvent dans les actes notariés ; mais que cachent ces mots? Quelle est l'ambiance familiale ? Comment supporter le caractère des uns et des autres, même si ce sont vos enfants et ...pire leurs conjoints !

A part de faire un voyage dans le temps ...comment le savoir !

Et pourtant, parfois, un acte nous entrouvre une porte sur la vie privée et familiale d'un ancêtre ; une chance inespérée à ne pas rater, car c'est exceptionnel !

Ici, c'est un inventaire après décès à la demande de Françoise Claustre Peyas établi 3 ans après le décès d'Etienne Laffont del Cardaÿre, son époux défunt à 27 ans. Ils n'ont pas encore eu le temps de s'établir (ou ne le souhaite pas) et vivent encore à l'oustal du patriarche Raimond Laffont...

Après le décès d'Etienne, Françoise continue à vivre « à même pot et feu » chez ses beaux-parents mais au bout de trois ans, elle se décide à mettre fin à cette situation :

 

vivre à même pot 1a.PNG

| « [Dans[ notre étude a personnellement comparu Françoise Claustre Peyas, veuve d'Etienne Laffont del Cadaÿre, brassier, habitant au parsan des Eichards vallée de Boussenac, qui nous a volontairement dit et déclaré que ledit feu Etienne Laffont son mary serait décédé ab intestat le huitième Décembre mil sept cent soixante seize ; sous la puissante authorité et dans la maison de de Raimond Laffont son père, ledit Etienne Laffont laissant à luy survivane une fille appelée Jeanne, que la comparante ; son dit mary et laditte fille ayant toujours vécu au même pot et feu ensemble avec ledit Raimond Laffont et sous son authorité et dépendance, la comparante aurait été obligée de continuer la même cohabitation avec sa ditte fille, après le décès... »

 vivre à même pot 1bPNG.PNG

« dudit Etienne Laffont son mary qui n'ayant pu continuer cette cohabitation, la ditte comparante s'étant séparée, il y a environ un mois avec saditte fille dudit Raimond Laffont et de son approbation... »

 

La décision de séparation est prise, les deux parties sont d'accord, mais le Notaire ne précise pas quelle sera la nouvelle résidence de Françoise et de sa fille. Le mois suivant, elle s'entoure de nombreux témoins pour inventorier et priser ses biens restés chez son beau-père :

 

vivre à même pot 2 témoins.PNG

 « La comparante avait fait assigner du courant controllé ledit Raimond Laffont del Cardaÿre, Pey Jean Laffont des Cardaÿre son neveu ; Antoine Laffont del Cardaÿre et Jean Pierre Laffont son frère, et encore Arnaud Claustre Peyas frère de la comparante habitants dudit parsan des Eichards et du hameau d'Esquen vallée de Massat, proche parents de sadite fille à ce jourd'huy heure de 7 du matin... »

 

Ayant rassemblé tout le monde, M° Delage procède à l'inventaire après décès demandé par Françoise pour garantir les droits de Jeanne sur ses biens.Il vient donc dans la maison de Raimond qu'il décrit ainsi :

 

vivre à même pot 3 pièce unique.PNG

« Surquoy nous Notaire ayant égard à la réquisition de ladite Claustre, nous nous sommes transporté audit parsan des Eichards et au domicile de laditte Claustre qui est une maison basse bâtie de pierre et terre le couvert de paille et une seule chambre au rez de chaussée... »

 

La pièce unique abritant trois générations ne doit pas faciliter la cohabitation et vu le caractère autoritaire de Raimond, souligné par deux fois par sa belle-fille, l'atmosphère familiale doit être assez tendue voire « étouffante ». C'est sans doute pour cela que Françoise préfère quitter l'oustal pour que sa fille grandisse dans une ambiance plus sereine ! Mais, elle ne compte pas partir les mains vides, elle va donc présenter au Notaire les biens de son mari et les siens propres (dottalices).C'est loin d'être un « trésor », les outils sont usés, les vêtements aussi mais « un sou est un sou » et puis il y a des brebis

vivre à même pot 3 bis le cheptel.PNG

« Plus nous a été représenté par laditte Françoise Claustre comparante une vache poil gris de l'âge de 9 ans, pleine, que la comparante a évalué à 40 livres

Et finallement nous a été représenté par ladite comparante une brebis avec sa suite d'un agneau de l'année qu 'elle a déclaré de la valeur de 6 livres

Ensemble noua été représentée une autre brebis noire ...2 livres

Et enfin un mouton ..2 livres »

 

Le tout 48 livres tout de même ! On ne peut pas délaisser cela pour avoir son indépendance ! D'autant qu'à la fin de l'inventaire un autre conflit avec Raimond surgit : les ventes faites par l'une et l'autre après le décès d'Etienne. Décidément, les discussions et griefs ne manquent pas entre le beau-père et sa belle-fille. Etienne quand il était de ce monde temporisait-il ? Il était l'Aïnat, l'héritier de l'oustal (sa perte est d'autant plus grande), il n'avait pas de cadet mâle, seulement 2 sœurs...Une situation critique pour l'oustal, qui, à la disparition de Raimond risque de se trouver sans maître, il faut trouver un « gendre » ! Ce sera sans doute Jacques Degeihl dit Peyré dit le Rey qui a épousé Marie en 1773.

Finissons l'inventaire :

vivre à même pot 4 les ventes a.PNG

 « Comme aussi ladite comparante nous a déclaré pour la décharge de sa conscience que depuis laditte séparation, elle a vendu 7 pans étoffe de bure à 4 livres 4 sols qu'elle a dit avoir employé pour sa nourriture et entretien et celle de saditte fille

Et à l'instant ledit Raimond a protesté contre ladite vente et la dite Claustre le contraire

a déclaré de plus laditte Claustre comparante que son mary a délaissé un habit neuf de bure avec une veste une paire de culotes que ledit Raimond Laffont vendit après... »

 

vivre à même pot 4 les ventes b.PNG

«  le décès de son fils et que du produit de cette vente que la comparante ignore, il en fit son plaisir et volontés.

Surquoy ledit Laffont avouant la vente desdits meubles a déclaré sur sa conscience en avoir seulement retiré la somme de 15 livres

Laditte Claustre comparante a protesté contre ladite vente et ledit Laffont le contraire... »

 

Dans un acte notarié nous n'avons ni les regards ni les décibels...à vous de les imaginer en tenant compte du caractère « impulsif des Massadels. Ressentez-vous, comme moi, qu'à la fin de l'acte de 10 pages M° Delage commence à saturer ? Les tâches d'encre, la graphie me semblent trahir sa tension ou son énervement...

 

D'autres anticipent les problèmes de la cohabitation avec les enfants... et leurs conjoints comme François Laffont del Cardaÿre, il envisage même comment pallier cette difficulté (mais toujours dans le cadre de l'oustal, plus grand, il est vrai)

 

vivre à même pot 6 testament François Laffont.PNG

 

« à même pot et feu avec les héritiers bas nommés...et dans le cas que les uns et les autres ne puissent vivre ny compatir ensemble, le testateur lègue et laisse à ladite Marrot sa femme la jouissance de deux de sa maison à prendre vers le foyer d'ycelle ... » (Testament du 6-1-1782)

 

François est conscient de la difficulté de vivre à même pot et feu...l'a-t-il lui même subie dans sa jeunesse ???


10/10/2019
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Les inventaires après décès 2

Nous sommes en 1776, le 13 Mai et Jean Piquemal Peyrepergut vient de rendre l'âme. Il a 80 ans, il est veuf de Paule Laffont del Cardaÿre qui lui a donné 6 enfants dont 4 fils. Il habitait le hameau de Brenseit, commune de Boussenac ; il faut garder à l'esprit que cette commune n'est composée que de hameaux et n'a pas de « centre »

Jean a dicté deux testaments en 1765 et 66 mais il reste encore les biens meubles à partager

Venez, suivons M° Espaignac (avocat au Parlement et notaire) qui dresse l'inventaire et ainsi nous fait découvrir le cadre de vie de Jean et Paule :

 

desciption de la maison PP doc 1.PNG

« porte d'entrée de la maison d'habitation et dernier domicile dudit feu Jean Piquemal Peypergut qui est une maison haute à deux étages construite de pierre et chaux couverte de paille sittuée audit parsan de Brenseit »

 

Le bas de la maison est traditionnellement consacré au bétail, en voici la description :

bas dela maison PP 1 doc 2.PNG

 « Premièrement étant entrés dans le bas de ladite maison ledit François Piquemal Peypergut nous y a présenté une charrue garnie de fers aratoires, du joug avec les coliers de bois et les cordes nécessaires le tout demi usé, le baton du laboureur garni de fer à un bout, la charrue de bois de haitre les colliers de bois de fraine et le baton de bois de noizetier ledit joug de bois de fraine, une braye de bois de haitre très usée ey presque hors de service, une ache avec son manche de bois de noizetier demi usée, deux bèches avec leurs manches...

 

bas dela maison PP 2   doc3.PNG

« de bois de noizetier demi usées, une autre petite bèche vulgairement appelée faysou usé, un autre joug avec les coliers de bois de haitre usé que le tout ledit Piquemal comparant nous a dit être de la valeur de 6  livres»

 

Montons dans les « chambres » un terme qui, sous l'Ancien Régime, désigne des pièces qui ne sont pas consacrées au sommeil uniquement mais peuvent être « pièce à vivre » comme nous disons actuellement.

 

la 1° chambre a doc 4.PNG

« De suite ledit François Piquemal comparant nous a représenté dans la première chambre de ladite maison où nous sommes montés avec lesdits Antoine et François... »

 

la 1° chambre b doc5.PNG

« … Piquemal Perpergut frères dudit feu Jean et avec lesdits Rouaix et Piquemal, témoins un grand coffre de bois avec sa ferrure et ferrements le tout usé et de contenance de 5 sétiers, une auge de bois de haitre à 4 pieds couvert de bois de sapin y ayant deux deux fléchisses ? Usé ladite auge de contenance d'environ 2 sétiers, un cuvier de bois de sapin cerclé de 2 cercles de fer demi usé et fendu le bas dudit cuvier vulgairement appelé russadouze étant d'une seule pierre, 4 bancs a quels pieds chacun usées les 3 de bois de haitre et le 4° de bois de sapin que le tout le comparant nous a dit être de valeur de la somme de 13 livres 5 sols »

 

Il existe une deuxième chambre ! Et même une troisième !!!

 

2° chambre PP doc 6.PNG

« le dit Piquemal comparant nous a représenté ? chambre de la dite maison une bouteille de verre contenant environ deux coupets, un petit marteau de fer avec son manche de bois et du poids d'environ un quart, une petite jatte de bois de peuplier noir usée et de contenance d'environ une pugnère, un petit vase de bois vulgairement... »

 

la petite chambre au midi doc 8.PNG

« De là nous sommes entrés dans la petite chambre joignant ladite maison au midi , avec ledit comparant avec les dits Antoine et François... »

 

Cet inventaire reflète une certaine aisance : en général, la maison ne comporte que le bas pour les bêtes au dessus une pièce unique dans laquelle toute la famille, nombreuse ou pas, vit, dort et mange et un grenier à foin au dessus, sorte d'isolation naturelle mais danger en cas d'incendie !

Ce qui me conforte dans l'idée que Jean est une personne aisée c'est que l'on trouve, chez lui, des livres !!! alors qu'à l'époque la vallée est totalement illettrée...

 

chez PP des livres doc7.PNG

« Plus ledit Piquemal comparant nous a représenté un livre couvert de bazanne intitulé le tableu de la bido demi usé, un autre livre couvert aussi de bazanne intitulé Remarques nouvelles sur la langue française usé, un autre livre couvert aussi de bazanne intitulé Epitres, Evangiles usé, un autre livre contenant l'office de la Semaine Sainte très usé et n'ayant ni commencement ni fin, lesquels 4 livres que le comparant a dit être de valeur de 24 sols nous les avons paraphés de ne varietur cy 1 livre 4 sols... »

 

Manifestement les descendants de Jean ne considèrent pas ces livres comme importants car ils présentent au Notaire pour la prisée, les pots de fer, les tamis et les outils bien avant les livres et les sous estiment...Mais comme il faut tout inventorier...

 

L'inventaire comporte 15 pages et le Notaire a mis trois jours à l'établir, je vous fait donc grâce des objets mais si quelqu'un y trouve un intérêt (évident si c'est un ascendant, je peux envoyer l'acte intégral et sa transcription ou je peux aussi publier la transcription intégrale sur le blog)

 

M° Espaignac met du temps à établir cet acte mais il semble qu'il soit sans cesse interrompu par des témoins qui viennent spontanément exposer les affaires qu'ils ont en cours avec Jean.


04/10/2019
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Les inventaires après décès 1

C'est un document notarié capital pour le généalogiste qui veut « habiller » ses ancêtres, car il décrit tout : la maison, sa disposition et chaque objet ayant appartenu au défunt (y compris ceux qui sont cassés, démanchés ou usés).

Ces actes sont assez rares car il faut des circonstances particulières pour qu'ils soient établis : des enfants mineurs, une veuve qui envisage un remariage ou un célibataire dont les biens vont être partagés entre ses ayant-droits.

 

Mais, je me répète, c'est, pour moi, un document miraculeux ; si j'avais le don de peindre ou de dessiner (malheureusement, j'en suis dans ce domaine, au « bonhomme patate » de mes 4 ans!) je pourrais recréer l'univers de mes ancêtres.

 

En effet, le Notaire inventorie très précisément et indique l'emplacement de chaque objet, certains inventaires durent plusieurs jours ! Ce sont,de ce fait, des actes onéreux mais incontournables pour éviter les contestations ultérieures voire les ragots.

Parfois l'inventaire peut nous sembler trop « pauvre »,pour faire venir le Notaire mais le requérant de l'acte est « à l'abri » ; il a juré devant le Notaire et les témoins ne rien avoir dissimulé ou escamoté ;

 

rien détourné doc 1.PNG

« Avant la clôture du présent, ladite Galy Mouras de notre mandement la main levée a juré en présence des dits Piquemal Falat, Galy Mouras, Ariol Builet, Garrabé, commissaires priseurs et des dits Cabau et Icart témoins qu'elle ne connait d'autres meubles, effets, cabaux, ou argent , papiers, titres et documents dépendant de la succession dudit Piquemal Falat, son mari, que ceux déclarés et contenus... »

 

Certains inventaires font 15 pages, d'autres seulement 3 ; certes les biens ne sont pas les mêmes mais si la veuve dispose de l'usufruit des biens, elle ne fait inventorier que les biens propres de son défunt mari et cela se limite à quelques effets vestimentaires :

 

inventaire P Falat 0.PNG

« La comparante nous a représenté une veste, un gilet, une culotte et une paire de guettres, le tout de bure presque neuf, évalué à quinze francs ... »

 

inventaire P Falat 1.PNG

« Plus la comparante nous a représenté une veste de bure et un gilet d'étoffe de maison couleur bleue, l'un et l'autre demi usés, évalués six francs

Plus trois chemises pour homme de toile commune de maison, les deux neuves et l'autre usée, évaluées à sept francs

Plus une paire de gros souliers demi usées et un bonnet de laine usé, le tout évalué à quatre francs

Plus un chapeau de laine, demi usé, deux paires de jarretières de laine rouge usées, un couteau de poche et un monocle (?), l'un et l'autre usés, le tout évalué à trois francs... »

 

Ici, on ne peut pas dire que le « dressing » de Jean Piquemal Falat prenne beaucoup de place !

Le seul vêtement d'assez bonne qualité, son costume de mariage, a dû l'accompagner lors de son dernier voyage ; restent donc les « hardes » portées au quotidien. Ceci dit il a tout de même 2 chemises neuves...

 

inventaire P Falat 2.PNG

 « Plus deux brebis et une agnéle évaluées à douze francs

Revenant ensemble le montant contenu au présent qui a resté au pouvoir et garde de la dite Galy Mouras à la somme de quarante sept francs »

 

Pour 47 francs de « biens », Jeanne Galy Mouras aura déboursé les frais notariés (non indiqués) plus les frais d'enregistrement 2 francs vingt centimes :

 

frais P Falat.PNG

L'acte a été établi le 16 Février 1822 par M° Espaignac

 

Nous n'en avons pas fini avec ces inventaires mais ils sont si riches qu'ils méritent plusieurs billets, promis

 

PS : Si quelqu'un parmi vous a un bon coup de crayon, de fusain ou de pinceau et peut me recréer l'environnement de mes ancêtres à partir d'un inventaire transcrit, je suis prête à le rémunérer largement et je lui en saurais gré toute ma vie

 

 


29/09/2019
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Les déclarations de grossesse

Nous avons vu la détresse des filles abusées par un galant peu scrupuleux les filles mères. Leur peine d'avoir été trahies et leur honte d'avoir "sali" le nom, n'a plus, de nos jours, le même impact! 

Auparavant, elle se déshonorait, elle et toute sa famille ; maintenant, elle est une "femme libre" ! énorme bouleversement... Même dans ma jeunesse (années 68-78) c'était mal perçu par la famille et l'entourage !

Alors, pour faire une déclaration de grossesse, il faut du courage, un énorme courage ! Car, elle s'expose à tous les quolibets, les rumeurs...

Et pourtant certaines filles abusées ont eu le courage de faire cette démarche extrêmement pénible. 

Ces déclarations peuvent se trouver dans les actes notariés, mais je n’en ai trouvé aucune dans la vallée de Massat  ; durant la période révolutionnaire, dans les tribunaux des familles qui les enregistrent ainsi que les tutelles et curatelles et les litiges de partage, de servitudes etc Prémices de la Justice de Paix, on trouve quelques déclarations.

Elles étaient surtout destinées à prévenir l’infanticide qui pouvait tenter la mère abandonnée, d’ailleurs le magistrat la faisait jurer sur les Evangiles !!

 

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 "Marie Bouier, coutirière, ägée de 28 ans,habitante du lieu de Merigou, quartier de Bousquet, laquelle après serment par elle fait de dire la vérité, sa mainmise sur les Stes Evangiles, a dit, et déclaré, être enceinte...."

 

Puis la prévenait dans cette éventualité : pour ne pas être inquiétée, elle devait conserver et présenter « son part » s’il était mort né.

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 "... depuis le mois d'Août dernier de laquelle déclaration elle fait pour se conformer aux lois du royaume ; de tout que nous lui avons accordé acte après l'avoir exhortée à prendre toutes les précautions possibles pour la conservation de son part... et lui avoir recommandé de nourrir elle même l'enfant  qui partira d'elle et de le représenter toutes fois et et quant esquelle en sera requise et nous  ? signé avec le sieur Nicolas commis au greffe ..."

 

Le même magistrat demandait à la fille séduite si elle avait habitude de « vendre ses charmes » et les circonstances de son faux-pas et si elle avait l’intention de porter plainte.

Or, dans la série 11L6 (de 1791-1792), nous avons trouvé 13 dépositions et au moins 3 d’entre elles sont significatives d’un harcèlement ou d’un viol commis dans la maison même du père de la jeune fille !!

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 " a répondu que le sieur Jean-Baptiste Lafite, chirurgien, habitant d'Aulus, est réellement l'auteur de sa grossesse et qu'elle se croit enceinte enceinte depuis le Carnaval dernier..."

 

 

ou par un valet de sa mère durant la nuit avec violence :

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 " a répondu que ledit sieur Lafite est le seul qui l'ait fréquentée, que lui seul a obtenu ses faveurs, que pour y parvenir, il l'a poursuivie depuis environ 14 mois et pour mieux réussir dans son projet, il afferma au père de la comparante, une chambre dans la maison qu'elle habitait, que de ce moment, il m'a persécuta constamment, et abusant de sa faiblesse, de son peu d'âge et de son peu d'expérience, il la séduisit et la forcea quasi dans la maison de son père et dans la chambre qu'elle habitait en profitant de l'absence de ses père et mère..."

 

La jeune fille stigmatisée par l’entourage est-elle coupable de « coquetterie », pour un de ces cas nous avons retrouvé deux procès que nous détaillerons dans un billet ultérieur.

Les autres jeunes filles déclarent n’avoir succombé qu’après plusieurs années de fréquentation de leur "galant" et des promesses de mariage… avec romantisme, elles y croyaient !

Ou encore le drame de Marie Loubet séduite par Jean Servat à Massat lequel va allier l’hypocrisie, le viol, la diffamation et la tentative de subordination de témoins. Un « joli » sire doublé d’un mufle !

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"Demeurant à laditte ville de Massat qui l' a constamment fréquentée depuis environ 5 ans en vue de se marier avec elle et qu'il la séduite sous promesse de mariage vers la fin du mois de Septembre dernier et dans la maison d'habitation dépendante de la succession dudit feu Jean Loubet son père et dans des salles du bas de la dite maison servant de cuisine où il la surprit toute seule, et que ledit Jean Servat Gaffou lui a constamment promis jusqu'à ce jour de se marier avec elle ..."

 

Ce n'est donc pas d'aujourd'hui que de belles promesses peuvent faire vaciller la vertu de nos ancêtres mais elles le payaient bien plus "cher" que nous !!!Le harcèlement était-il reconnu ? Comment prouver un viol?  Et les "galants avaient toutes las audaces... souvent les faits étaient commis dans la maison paternelle !

Ceci dit, les filles "honnêtes" sortaient peu comment les rencontrer ailleurs à part au lavoir (avec toutes les commères) ou à la fontaine ?


16/09/2019
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Des actes de vente qui en disent long

Ce ne sont pas les actes les plus recherchés par les généalogistes, contrairement aux contrats de mariage et aux testaments et partages (dont je ne nie pas l'intérêt, loin de là!). Mais, sauf si l'on cherche à retracer l'histoire d'une maison ou de propriétés de famille, on a tendance à minimiser ces actes. 

 

Pourtant, surtout en Ariège, les biens familiaux restent très souvent et longtemps en indivis, à cause de l'exiguité des terres, de la tradition aussi de ne pas les morceler à outrance. Mais certains de ces actes peuvent se révéler passionnants !

Voici un exemple et une vraie « mine » de renseignements généalogiques... dans un simple acte de vente !

 

Le 29 Mai 1875, une famille Pagès Garrigue des Arils, hameau de Boussenac, vend des biens :

 

ill 1 fratrie et migrations.PNG

 « a comparu ,le sieur Jean Pagès, fils quatrième de feu François dit Garrigue, scieur de long, domicilié à Toulouse, grande rue St Michel n° 24 lequel en son nom et

agissant comme mandataire : 1) de Jean-Pierre Pagès, son frère,chapelier, demeurant à Paris, rue de la Verrerie n° 6 suivant sa procuration suivant sa procuration par acte en brevet reçu par M° Demaitret son collègue notaires à Paris le 4 Avril dernier...2)de M Jean Pagès,aîné, son autre frère, employé au château d'eau , domicilié à Toulouse, place Sucas n° 13, de M. Jean Pagès, jeune, encore son frère , soldat au 59° régiment d'infanterie de ligne en garnison à Toulouse et domicilié de la commune de Boussenac et demoiselle Marie Pagès, sans profession, domiciliée à Toulouse, grande rue St Michel n°24, suivant leur procuration collective... »

(M° Galy Gasparrou acte n° 429)

 

Et voici une fratrie au grand complet qui apparaît !

Cerise sur le gâteau, l'acte nous révèle aussi leurs migrations, leurs professions et même leurs adresses précises...N'est-ce pas une aubaine ? 4 sur Toulouse (y compris le soldat) et un à Paris. Tous semblent avoir abandonné le sobriquet Garrigue

 

A Qui vendent-ils ? A des proches et voilà donc qu'émergent des collatéraux qui, eux, ont choisi (?) de vivre au Pays...

 ill 2 acheteur Pagès Garrigue....PNG

«  a volontairement, fait vente pure, simple et irrévocable en faveur de , d'une grange

Baptiste Pagès Garrigue, fils de feu Jean,cultivateur, habitant du quartier des Arils, commune de Boussenac, ici présent et consentant , d'une grange, bâtie à pierre et terre, couverte de paille avec les services qui en dépendent, appelée del cap de la Coumo située audit quartier des Arils et confrontant fontaine et Joseph Pagès Garrigue, le chemin public, Benoit Pagès Garrigue au moyen d'une grange contigüe et les héritiers de François Pagès Garrigue, autre que le père du vendeur... » (100 fr)

 

Ce même jour, les frères et sœur Pagès Garrigue vendent aussi une maison et l'acheteuse porte, elle aussi les mêmes patronyme et sobriquet :

 ill 3 autre acheteur Pagès Garrigue....PNG

« a volontairement fait vente... à Marie Anne Pagès Garrigue, veuve de François Pagès Garrigue, cultivateur, habitante du quartier des Arils, commune de Boussenac, ici présente et acceptante,

d'une maison bâtie à pierre et terre et couverte de de paille, en mauvais état, avec les services qui en dépendent, d'un petit jardin, d'une bouzigue et d'un lopin de bois, contigus, et formant ensemble un petit corps de biens appelé la Coumo, situés au dit quartier des Arils et confrontant du levant les héritiers de François Pagès Garrigue, son dit feu mari, du Midi le chemin public, du couchant Joseph Pagès Garrigue et du Nord Marie Mirouze Cartilla épouse de Guillaume Laffite-Mindrée... » (700 fr)

 

C'est donc un acte extra ordinaire pour le généalogiste : une fratrie complète avec les lieux de migrations et les adresses fixes, les professions ; la découverte d'un hameau qui semble un « fief » des Pagès Garrigue, des ventes ciblées sur les porteurs du nom sans doute des collatéraux (encore une étude à mener) mais c'est déjà ce que mon AGP François conseillait à son neveu, Mathieu Faux qui voulait vendre sa « masure » à Riverenert : plutôt vendre moins cher mais à des proches qu'à des étrangers même à un prix supérieur... Et, en prime, un confirmation de l'indivis de longue durée : la vente elle-même et la citation dans les bornages «héritiers François Pagès Garrigue » ! 

 

 

 

 


16/09/2019
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