aujols-Laffont

Challenge 2018


A comme Annuaires de l'Ariège

Une source que j’ai négligée par ignorance de son contenu ! Pour moi, un annuaire ne contenait que des noms et des adresses avant l’arrivée du téléphone. Grâce à Mme Piquemal, j’en ai découvert le riche contenu et la multitude de renseignements exploitables !

Venait d’arriver dans le fonds des AD le volume de 1914, en plus une année cruciale au début de la Grande Guerre, une aubaine qu’elle me fit partager avant même qu’il soit coté et donc communicable… Les vallées de Massat et d’Oust furent promptement numérisées et le soir, je pus mesurer l’intérêt des renseignements.

Maintenant, comment les exploiter…je n’ai pas pensé une minute à vous infliger un article par année, il fallait faire une synthèse et dégager une problématique.

Voilà les années dont disposent les AD 09  et la cote du périodique :

 

années disponibles aux AD 09.PNG

 

Que contiennent ces annuaires ?

Chaque village des différentes vallées est présenté ; sa situation géographique, géologique, démographique et surtout économique.

 

Aleu annuaire 1914.PNG

(Aleu , Annuaire 1914)

 

Ses richesses historiques ne sont pas oubliées.

 

Massat 1914 grottes.PNG

 

On trouve aussi des informations religieuses et des portraits de célébrités locales, bref ils sont les ancêtres de nos guides touristiques et de nos « pages jaunes », sans numéro bien sûr ! Mais, indiquant toutes les ressources administratives et les artisans…

C’est donc un reflet de la société et de son dynamisme, certes on trouve un peu pêle-mêle les riches propriétaires, les instituteurs, les receveurs buralistes, les curés et les artisans ou commerçants :

 

Massat 1914.PNG

(Annuaire 1914 Massat)

 

Bon, maintenant il suffit de trier ces informations et de les synthétiser en tableaux, travail parfois fastidieux, mais, après, peut-être allons-nous pouvoir visualiser « en direct » les effets de l’émigration massive de la deuxième moitié du XIX° et du premier quart du XX° siècle sur l’économie locale des vallées. Peut-être, aussi, la sinistre empreinte de la Grande Guerre est-elle visible...

Au fil des années, des métiers auront disparu, d’autres émergeront ; je vais donc étudier ces annuaires par « sondage » par tranches de 10 ans ou environ en fonction des ressources disponibles, le premier annuaire datant de 1834.

Du point de vue strictement généalogique, ces annuaires indiquent les patronymes mais sans sobriquets, quel dommage, c’eût été très intéressant. ! Mais «  en croisant » avec l’Etat civil, qui indique les professions, on peut aussi retrouver la profession d’un ascendant mentionné dans l’annuaire.


01/11/2018
7 Poster un commentaire

B comme Boite aux lettres

 

Trouver une boite aux lettres peut vous sembler dérisoire, de nos jours, il y en a partout ! Pas au XIX° siècle et dans les vallées! 

Bon encore un problème lié à la configuration géographique du canton de Massat ! Des hameaux très dispersés et certains très éloignés, ajoutez au tableau des chemins défoncés et de la neige en hiver... Comment poster une lettre ? Où sont établies ces fameuses nouvelles boites ? Si c'est à Massat entre 4 à 10 km pour poster une lettre !!!

 

article 2.PNG

 

ça tombe bien, car lors de « l'invention » des ces boites aux lettres « innovantes » (L'ariégeois du 2-3-1878), donc avant les lois Ferry, très peu de gens étaient capables de lire et encore moins d'écrire ! (cf Un scribe à Massat

Personne donc, dans la population ne dut percevoir cette avancée technique !! Un journal, il fallait l'acheter, seuls les petits bourgeois de la vallée pouvaient se payer ce luxe et se préoccuper de l'heure à laquelle leurs missives étaient collectées !

 

On a peine de nos jours à comprendre ou même imaginer que nos ancêtres vivaient sans nouvelles : la plupart d'entre eux ne lisaient pas le journal et ne recevaient aucune nouvelles de celui qui avait migré, parfois pendant des années, parfois plus jamais !

 

 

Pour les philatélistes, voici la description du nouveau timbre poste annoncé le 30-3-1872 ; sans doute pour remplacer ceux à l'effigie de l'Empereur déchu ...

 

timbre 2.PNG

 

En 1872, il semble que 6 "Cérès" aient été émis, voici le plus fréquent (imprimé à 600.000 exemplaires) 

 

timbre.PNG


02/11/2018
5 Poster un commentaire

C comme Contrebandier

J'adore l'expression « contrebandier de profession », c'était de notoriété publique mais pas pris sur le fait, il ne semble pas avoir été inquiété et il a 68 ans...il a dû déjouer la vigilance de bien des douaniers !

 

article 1.PNG

                                                                            (L'Ariégeois du 7 Juillet 1860)

 

Là encore, ce qui nous perturbe, c'est qu'ayant disparu le 8 Mars, il ne soit retrouvé qu'au mois de Juillet suivant. Je sais c'est un contrebandier, on ne peut pas demander à la Maréchaussée de le chercher mais il n'est certainement pas le seul à pratiquer ce « métier » dans la vallée et d'autres doivent connaître ses parcours clandestins

 

D'autres « vagueux » risquent de subir un sort comparable : aucune migration temporaire ou non n'est anodine ; celui qui quitte la vallée risque la « mâle mort » loin des siens.

Les colporteurs plus que les autres : ils ont un « trésor » dans leur boite et cela peut attirer les malfaisants, un mauvais coup est vite arrivé à Kerkabanac !

 

En Ariège, le contrebandier comme le mendiant n'est un personnage ni redouté ni redoutable, certains bandits, style « bandits d'honneur » comme en Corse, non plus (cf Tragine )

Bref, souvent on craint le Bohémien ou « l'étranger du Nord » bien plus que les marginaux locaux .

Il semble même que le contrebandier ait eu une certaine notoriété ; car, comme le village connaît tous ses déserteurs, il connaît aussi tous ses marginaux. Mais l'omerta ariégeoise est aussi impressionnante que celle de nos compatriotes iliens.

Voici pourquoi on peut être contrebandier « de métier » tout en ayant, sans doute, un lopin de terre et quelques brebis pour « donner le change » !

 

En plus, ce « métier » est dangereux à cause de la montagne et de ses « sautes d'humeurs » mais aussi parce que les conditions de « travail » aggravent les dangers : quand est-on à peu prés sûr de ne pas rencontrer les douaniers ?

En hiver ou lors des intempéries, alors c'est le temps idéal pour le contrebandier :

 

temps du contrebandier.PNG

 

Le contrebandier est aussi, comme le berger, un homme au grand cœur qui secourt les étrangers en difficulté dans la montagne ; là, il est chez lui, c'est son domaine presque son jardin, il connaît les abris (souvent des orris), les grottes et les chemins au caillou près...

Durant la Seconde Guerre mondiale, bergers et contrebandiers fournirent la plupart des passeurs.

Alors, l'Ariégeois, le vrai, l'Ancien, ne les dénoncent pas : en cas de difficultés, ce sont eux qui viendront à son secours !

 

contrebandier guide.PNG

 

Comme vous le voyez par ces témoignages, le respect des contrebandiers ne date pas d'aujourd'hui et est le fait d'écrivains réputés .

 

Ne vous leurrez pas les contrebandiers ont des descendants et les orris sont toujours des caches bien pratiques pour les marchandises. Seulement, certains promeneurs ne sont plus du « pays » et ils peuvent être dénoncés par des touristes, comme ce fut le cas il y a quelques semaines :

 

un touriste.PNG

 

 

Mais, bizarrement, on peut aussi être qualifié de contrebandier sans franchir de frontière : il suffit de fabriquer, tranquillement, chez soi, des allumettes !!

 

contrebandier à domicile.PNG

 (L'Express du Midi 14-11-1903  p 11)


03/11/2018
2 Poster un commentaire

D comme Demande de suppression de sobriquets

Je vous l’avoue, c’est la première fois que je vois cela !

Les migrants l’abandonnent sans demander l’aval de qui que se soit mais une demande officielle entraînant un jugement, ça, c’est nouveau !!

Voici les actes en question :

doc 1.PNG

"Le 8 Février 1934, 16 heures est né au hameau de La Chique, René du sexe masculin de Jean Subra Poundaourou, cultivateur né au Port Ariège, le 22 Novembre 1886 et de Madeleine Loubet Lôtre, cultivatrice, née au Port Ariège, le 26 Septembre 1895, son épouse, domiciliés en cette commune. Dressé le 10 Février 1934, 11 heures sur la déclaration du père qui lecture faite a signé avec nous François Piquemal, Maire du Port"

En mention marginale : Marié à Reims le 6 Avril 1963 avec Annie Henriette Marie Poulet   Foix le 20 Avril 1963."

 

Apparemment, Sutra René demande la suppression des sobriquets de ses parents.

Pourquoi ? Ces sobriquets n’ont rien d’infamant et ne prêtent pas à de mauvaises plaisanteries… Bien d’autres migrants les ont ou conservés ou abandonnés sans faire intervenir les autorités.

Il est des sobriquets bien plus durs à porter comme Pissou, par exemple, mais tous savent que Pissou n’est qu’un nom de hameau proche du Foulgarol dans la commune de Boussenac. Pour tout dire, les Massadels semblent attachés à leurs sobriquets qu’ils soient issus d’un nom de hameau ou d’un métier ; certains les exportent au Nouveau Monde (Challenge 2015 V comme vive les mentions marginales

 

doc 2 sobriquets.PNG

 

" Rectifié par décision n°  3082 cg de Monsieur le Procureur de la République de Foix en date du 23 Décembre 1966 enc e sens que les surnoms Poundaourou et Lotres doivent être supprimés après les noms de Sutra et Loubet 

A Foix le 3 Janvier 1967 

RC n° 44 190

Fait le 9/4/90"

 

Problème, c’est que le jugement date de Décembre 1966 ! Et il n’est donc pas communicable ! A quelle date la requête a-t-elle formulée ? Nulle indication ne peut nous orienter !

Rien d’autre à attendre qu’un avis favorable à une demande de dérogation auprès de Madame la directrice des AD… Rassurez-vous, je ne lâche pas l'affaire... J'aimerais tellement connaître les motivations des demandeurs !

Je vous rassure, les sobriquets incriminés ont perduré dans la vallée, les autres branches les ayant conservés (pas celle de René évidemment) !

 

Ils sont tellement poétiques et exotiques ces additifs de patronyme et je suis, je l’avoue, tellement fière du mien ! Del Cardaÿre, je descends d’un cardeur de laine, même si mon ancêtre le plus ancien Raimond était, lui, tisserand, son frère cadet François était cardeur ; je n'ai pas trouvé la profession de Pey Jean, l'autre frère. Leur père, sans doute prénommé Jacques était sans doute cardeur  sans preuve écrite faute de BMS.

 

C’est aussi un indice pour « habiller ses ancêtres » à ne pas négliger : cardeur, tisserand donc plutôt des éleveurs que des agriculteurs. Ils prennent d’ailleurs souvent des bêtes « en gazaille ». Ce qui ne les empêchent pas d’avoir jardin et terres labourables pour le quotidien.

 


05/11/2018
7 Poster un commentaire

E comme Etre catholique à Boussenac

C’est évident, il n’y a aucun Protestant dans la vallée et très peu en Couserans, nous en aurons un autre témoignage dans un billet suivant ou alors ils abjurent.

Par contre, ce n’est pas facile d'être Catholique et de pratiquer car Boussenac n’est pas une paroisse sous l’Ancien Régime et elle n’a ni église ni cimetière : elle fait partie de l’immense paroisse de Massat !

Alors, pour pratiquer sa religion, il faut être bon marcheur, endurant et pas frileux, accessoirement porter un bon bâton ferré contre les loups encore nombreux, car, les hameaux dispersés de Boussenac dépendent de la collégiale de Massat !!!

 

doc 1 etre Caho.PNG

                                              (Conseil de la Fabrique de l'église paroissiale de Massat 13 Septembre 1844)

« considérant que la paroisse de Massat a une trop grande étendue puisqu’elle renferme plus de 6000 âmes et que 5000 environ sont dispersées dans des hameaux fort éloignés pour la plupart.

Considérant que l’église de Massat est éloignée de plus de 4 km de cette partie de la section de la Bernède qui demande à être adjointe à la nouvelle succursale à ériger.

Considérant la difficulté des chemins qui, pendant la saison rigoureuse sont impraticables pour un bon nombre des habitants de ce quartier à cause de la grande quantité de neige qui couvre le pays pendant une bonne partie de l’hiver.

Considérant enfin qu’il ne peut résulter que de grands avantages de l’érection de ladite succursale pour les hameaux de la Bernède qui désirent se réunir

Arrête à l’unanimité : art 1 L’érection en succursale du quartier du Saraillé dans la paroisse de Biert et de partie du quartier de la Bernède dans la paroisse de Massat, loin de présenter des inconvénients ne présente que de grands avantages et le Conseil [de la Fabrique] fait des vœux pour que cette érection se réalise promptement… »

 

Ces distances ne tiennent pas compte de hameaux très isolés comme Ensenou ou excentrés comme les Arils.

Bon, pour le baptême, ce sont les parrain et marraine qui se fatiguent mais le bébé a tout de même intérêt à être costaud s’il naît en hiver !

Quand il faut descendre les décédés au cimetière en hiver, c’est plus compliqué et certains attendront sous la neige que les chemins redeviennent praticables au Printemps…

Mais comment font les curés et les vicaires pour affronter de telles conditions et administrer les derniers sacrements ? Au plus fort de l’hiver, certains défunts doivent être privés des secours de la religion … et pour la famille croyante (et superstitieuse), cela doit être insupportable : en l’absence du Saint Viatique, c’est une « mâle mort » !!! Le mort n’est pas apaisé et peut revenir interpeller les vivants…

Que faire ? Il faut un curé ou même un vicaire, dont le salaire est moindre, à Boussenac mais où le domicilier : il n’y a pas d’église et encore moins de presbytère ! les hameaux sont tellement dispersés, où implanter et comment financer ces constructions très coûteuses ?

  

De son côté, la Communauté de Boussenac, consuls et syndics, adressent une supplique à l’Intendant d’Auch dont ils dépendent, M. Detigny, pour réclamer la construction d’une église qui à l’époque n’en comporte aucune (au début de mes recherches, c’est ce qui m’a le plus dérouté : Boussenac est une commune après la Révolution mais n’a jamais été une paroisse avant ; donc pas de BMS, enfin si, mais à Massat mais il faut le savoir !!!)

 

Donc tout commence bien dans la supplique et la Marquise de Rochechouart, seigneuresse dudit lieu, donne son appui à la demande :

 

supplique à Detigny 1.PNG

" A Monseigneur Detigny, intendant en Navarre, Béarn et généralité d'Auch,

Les consuls, sindics et communauté de Boussenac, diocèze de Couserans, ellection de Comminges ont l'honneur a représenter humblement à votre Grandeur, Monseigneur, qu'il y a un très long temps que cette communauté soupire pour avoir une église succursale dans ledit lieu de Boussenac pour l'éloignement qui se trouve de près de 3h de chemin de la résidence de la plus grande partie des habitants jusques à l'église de Massat , leur paroisse et qu'il en est mort sans sacrement surtout dans la rigueur de l'hiver, les prêtres n'ayant pu leur administrer à cause de la grande quantité de neige qui tombe ordinairement dans le dit lieu situé  dans les extrêmités presque des Pyrénées, le seigneur évêque diocezain a si fort reconnu la nécessité indispensable de bâtir cette église qui est  selon le désir aussi de Madame la Marquise de Rochechouart, seigneuresse dudit Boussenac qu'il a enfin commis le promoteur de son officialité pour vérifier le comodo et incomodo ouro " 

 

Seulement voilà, en bons gestionnaires les membres de la Communauté envisagent le financement de la construction… ils étalent leur pauvreté et le poids des impôts, réclament l’établissement d’un nouveau cadastre pour les alléger car ils les empêchent, eux, si bons chrétiens, de financer cet investissement !

 

Au lieu d’apitoyer l’intendant, cela lui donne une « porte de sortie », sa réponse concerne moins la construction d’une église pour le salut des âmes que les demandes de réduction d’impôts !! Il propose même, si j’ai bien compris d’en instaurer un autre pour réaliser le projet pieux !

 

supplique à Detigny  réponse.PNG

 " Nous intendant en Navarre, Béarn et généralité d'Auch, ayant aucunement égard aux fins et conclusions de la requête cy-dessus des consuls, sindics et communauté de Boussenac en Couserans , déclarons n'y avoir lieu de permettre quant à présent l'imposition sur ladite communauté de la somme de 200 livres pour l'achat du local destiné à la construction d'une église succursale et d'un presbytère, ladite communauté a un temps plus opportun pour faire cette dépense. Permettons au surplus aux Consuls, sindics et habitants dudit lieu  de lever par imposition au marc la livre de la taille jusques et à concurrence de la somme de 1300 livres en 4 années "

 

 Rien à attendre de lui, pour l’instant, sa réponse date du 31 Janvier 1760 ; et pourtant l’église du Rieuprégon fut terminée en 1774 : une nette amélioration pour certains hameaux mais pas pour les plus isolés !

 

D’autres églises sont prévues dans la vallée, nous verrons dans un prochain billet, les inévitables tractations et péripéties que suscitent ces projets.

 

Curieusement nous retrouverons des difficultés comparables pour l’implantation des écoles après les lois Ferry…

 

 

 

 


05/11/2018
2 Poster un commentaire