aujols-Laffont

La généalogie, une passion ; oui mais laquelle ?

A mon sens, trouver des noms et des dates de naissances, mariages et décès, n'est pas l'essentiel ; enfin si, il faut commencer par là. Mais ce n'est que la trame du tissu ou l 'ébauche du sabot, en hommage à mes ancêtres tisserands, cardeurs et sabotiers et ils n'auraient pas eu l'idée de voir leur ouvrage accompli à ce stade ! C'est le solfège qu'apprend le musicien avant de jouer Bach ou d'écrire ses propres compositions, c'est le substrat dans lequel le paysagiste va dessiner son jardin.

De ce fait, copier des fichiers de données mis en ligne par d'autres, particuliers ou associations et arriver à la mise en ligne d'un gigantesque et ridicule baobab de près de 112.000 individus, n'a aucun intérêt. C'est grotesque et pitoyable d'autant que rien n'est vérifié... Vous ne pensez pas que cela puisse exister ? Et pourtant, c'est sur Geneanet et l'individu en est fier, assume pleinement ses multiples « emprunts », et propose même ses conseils pour générer des vocations de constructeurs de baobab sans efforts...

 

C'est donc au niveau de la trame, ainsi que sur la méthodologie de recherche que nos chemins divergent. Nul n'entre dans mon arbre sans avoir produit ses références, pas d'intrus ! Je suis un gendarme demandant : "Ancêtres? Vos Papiers"!

 

Je ne suis pas pour autant à l'abri des erreurs dues surtout aux multiples porteurs des mêmes patronymes et prénoms... Qui n'a pas trouvé une palanquée de Jean Laffont ou de Jean-Baptiste Lefèvre dans les BMS ? Ils sont souvent apparentés ; père, fils, frères ou cousins mais prendre l'un pour l'autre est possible si le curé n'est pas très précis sur les parents. Si la filiation n'est pas indiquée dans les actes de mariage, comme dans la vallée de Massat, l'exercice d'identification du « bon » Jean Laffont devient sportif !!! marier Jean

 

On peut se satisfaire de ces listes et éditer un bel arbre, l'accrocher dans son salon ou le remiser dans un coffre, c'est sûr qu'il a déjà nécessité bien des heures de travail mais ces recherches ne peuvent générer aucun récit ou alors une œuvre dans le style des premiers versets de la Genèse : X connut Y et engendra des fils et des filles... rien de plus soporifique !

 

C'est donc, une fois la trame constituée, après quelques années, que commence la recherche la plus intéressante et que j'appellerais l'ethno ou l'anthropo-généalogie et la micro histoire (au niveau cantonal)  ; d'autres partiront vers la psycho généalogie, qui n'est pas sans attrait, mais correspond moins à mes motivations.

  

Prenons un exemple : Mathieu Laffont del Cardaÿre est entré dans mon arbre, muni de tous ses papiers et il est mon AAGP mais, à ce stade, je ne le connais pas encore ! Je connais son épouse, son métier mais je ne sais pas comment il vit, je ne sais rien sur son physique : aucune photo ne m'est parvenue, il aurait pu, dans son âge mûr se payer un daguéréotype mais c'était sans doute trop onéreux ou pas encore passé dans les moeurs.

Il va donc falloir que je me le rende familier (au sens littéral) et que je tente de le replacer dans son contexte ; dans son siècle, dans son village, dans sa maison, dans sa vie quotidienne avec « ses amis, ses amours, ses « emmerdes »... Ainsi d'indices en indices, je pourrai le connaître ou l' imaginer (la certitude n'existe pas en sciences humaines et nous avons la désagréable propension à voir nos ascendants au travers de nos yeux du XXI° siècle et de nos idéaux). Je voudrais essayer d'entrer en contact avec lui, sans tables tournantes, rassurez-vous ! Il ne s'agit en aucun cas de porter le moindre jugement mais seulement de faire sa connaissance, d'entrevoir ses difficultés, ses joies et ses peines.

 

Pour cela, il va falloir "faire flèche de tout bois" et fouiller les actes notariés, les archives communales, les journaux anciens qui me donneront la météo, le prix des denrées et le volume des récoltes mais aussi les faits divers.

Si la neige a été très abondante, je saurais qu'il a dû avoir les pires difficultés pour se rendre sur son lieu de travail à Vicdessos et traverser le col de Port. Je verrais que mon AAGM a dû « en baver » pour amener l'eau à l'oustal et que la provision de bois devait être importante, enfin espérons.

Les archives militaires me donneront son aspect physique et ses éventuelles maladies ; pour Magdeleine Loubet del Bayle (son épouse), je ne peux juger de sa robustesse qu'avec le nombre de ses grossesses et sa longévité...

Le cadastre pour retrouver l'oustal et l'école mais aussi les contes et légendes pour savoir ce qu'ils se racontaient à la veillée, les rebellions et dissidences (guerre des Demoiselles, la Petite Eglise et les déserteurs de l'Empire), tout cela devait alimenter les conversations et les potins du village ! Rien n'est à négliger, ni les bouleversements apportés par le système métrique, ni les médicaments ancestraux, ni les procès verbaux des gardes forestiers !

C'est à ce prix qu'il est possible de découvrir un peu le mode vie de  nos ancêtres et la tâche se complique, bien sûr, en remontant les branches.

 

Faire la connaissance de François, mon AGP, fut plus facile : mon grand cousin Jean l'avait connu dans son enfance, la photographie s'était démocratisée et j'ai aussi retrouvé une correspondance avec son neveu Mathieu, captif en Allemagne en 1916, et avec ses sœurs restées au pays. Ces lettres m'aident aussi à comprendre un souci récurrent chez les Laffont : avoir un salaire mensuel fixe et ainsi échapper aux aléas de la condition paysanne, si l'emploi est proposé « par le gouvernement » comme le dit François à son neveu, c'est le summum : être fonctionnaire, le rêve !!!

 

Voilà donc ma conception de la généalogie, sommes-nous sur la même longueur d'ondes ?

C'est la raison d'être de mon blog qui vous relate mes découvertes sur la vie quotidienne de nos ancêtres Couseranais, elles s'appliquent aux miens et sans doute aux vôtres s'ils ont vécu dans les mêmes cantons.



30/09/2022
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