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Généalogie et cartes postales : la cousine Léa

Je ne suis pas vraiment cartophile mais tous les généalogistes connaissent l'intérêt des CPA comme illustrations (billet "Et la carte postale s'invita dans la vie...") Quel impact a-t-elle eu sur nos ancêtres ? La lettre (parfois rédigée par un écrivain public, en 1870, 70% des ariégeois étaient illettrés)  résume la vie de l'absent, sa santé, ses doutes, ses difficultés, ses réussites.

 

 La carte postale, elle, montre un coin de son cadre de vie à ceux qui, sans doute, n'iront jamais. C'est la première représentation visuelle de l'ailleurs qu'avaient nos ancêtres ! Et donc, ils les conservent précieusement et les montrent aux voisins, du style : « mon fils est à ???, regardez ! » Evidemment on envoie des cartes de "beaux quartiers", vraisemblablement pas ceux où réside le migrant...à moins qu'il ne soit domestique.

 

De ce fait, la majorité de mes grands-mères collectionnèrent les cartes postales, certaines dans des boites en fer ou en carton, d'autres, plus aisées (branche paternelle) dans des albums adéquats, reliés en tissu ou en cuir. Je me retrouve donc, malgré les aléas des guerres et des déménagements, en possession de plusieurs centaines de CPA ! Un trésor pour le cartophile mais aussi pour le généalogiste !

Ma mère avait fait un premier classement, dans des boites à chaussures, mais sans différencier les branches, maintenant comment choisir entre un classement géographique ou un classement par expéditeur. J'avoue avoir pataugé ! Et mon classement est bâtard : cartes dont l'expéditeur n'est pas connu : par villes et départements ; cartes émanant d'un membre de la famille : par branche... pas terrible mais je m'y retrouve... en général !

 

Maintenant comment exploiter, valoriser ce que mes aïeux ont tant apprécié et m'ont légué ?

 

Grâce à ces cartes, nous retrouvons leur cadre de vie : le village, l'église où ils ont reçu tous les sacrements depuis le baptême jusqu'à la sépulture (la chanson de Piaf vient d'envahir mes neurones, la vie se résume à trois sons de cloches comme pour Jean François Michaud...) mais aussi les maisons et les commerces du village et les fêtes ! Les vêtements, les activités artisanales, les jeux : tout raconte la vie de nos ancêtres quand on s'attarde un peu sur la carte ! Y compris l'état de la route, du chemin ou de la rue.

Elles ne racontent pas qu'un passé figé dans les traditions, elles montrent aussi les activités industrielles : mines, usines, elles témoignent du « progrès » avec les usines hydro-électriques, les ponts, viaducs et tunnels et le « chemin de fer » parfois en construction !

 

Mais quand on a la chance d'avoir des CPA familiales, elles peuvent nous apprendre bien d'autres choses sur nos aïeux !
Leurs déplacements, pour les migrants, avec une date sur le cachet de la poste (voir Challenge 2016 G comme Grande Guerre) pour le cousin Mathieu Faux, né à Rivernert qui envoie "ses bons souvenirs de bien loin" à sa famille. Bien loin, la carte est de Buenos Aires !!!

 

Récemment, je viens de trier la correspondance d'une cousine germaine de ma grand-mère, Léa Ané, sa mère est la fameuse Rose de la famille Laffont "qui ferait battre des montagnes"... Or, Léa, est morte jeune, à 28 ans !


Dans son enfance, la plupart des cartes qu'elle envoie à sa cousine viennent de villes de cure, certes, ce sont les plus nombreuses sur le marché (touristes et curistes obligent) mais c'est aussi un indice que la santé de Léa n'était pas bonne depuis son jeune âge. 

En 1906, elle a 7 ans et envoie une carte d'Ax les Thermes :

 

Ax 2.PNG
 

 

En 1908, elle est à Audenac les Bains :

 

Audenac 2.PNG
 

En étant attentif au moindre détail, peut-on aussi mettre en évidence les problèmes de santé de nos aïeux à partir des CPA ? 

 

Toujours dans le cas de CPA familiales, on peut retrouver un parcours d'études ou un parcours professionnel. Léa avait réussi l'examen de "Demoiselle des Postes", voici la carte de son lieu de travail qu'elle baptise "Ma chère boîte", apparemment elle travaille au central télégraphique ou au téléphone (croix ) de Toulouse :

 

parcours pro 2.PNG

 

Enfin, certaines cartes indiquent-elles des ruptures sentimentales ? Cette carte de voeux, malheureusement non datée, me semble bien triste pour la circonstance :

bonne année recadré + petite.png

Et pourtant au verso, Léa écrit : "Mes meilleurs souhaits, bonne et heureuse année"...

 

J'ai les mêmes indices dans ma branche paternelle ; ma grand-mère Moraux, née Hocry, envoie des dizaines de cartes de villes de cure ou d'altitude. Elle décède à 46 ans...de la fièvre thyphoïde.

Mon père était ingénieur des Arts et Métiers (un gars d'zarts, comme on dit) et j'ai toute une série de CPA de son école à Erquelinnes, ce qui me permet de visualiser les lieux où il a étudié.

Les CPA de la Grande Guerre permettent aussi de retrouver le parcours d'un Poilu (Mathieu Faux au Fort de Troyon). (voir G comme Grande Guerre Challenge 2016).

 

Je pense que la seule CPA dont j'ai fait l'acquisition et pour laquelle j'aurais payé un prix fort fut celle de l'intérieur de l'église du Mont Notre Dame dans l'Aisne où tous mes ancêtres Hocry ont reçu les sacrements et qui a été totalement détruite par un bombardement en 1918.
Je l'ai trouvée dans une foire à la brocante, près de Bernay dans l'Eure, autre berceau de mes ancêtres !!! à un prix très raisonnable (2 euros), mais ce fut une belle découverte généalogique!

 

choeur église MND 02 001.jpg revue et + petit.PNG



25/10/2017
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