aujols-Laffont

Des grains, un habit de bure et du lait

 De quoi vais-je vous parler ? Des hommes qui sont alités aux portes de l'issue fatale et qui pensent à leur épouse survivante !

C'est bien dans ces legs et obligations faits aux enfants pour assurer la vie de leur mère que nous voyons qu'il est difficile de comprendre nos ancêtres ! Pour la plupart, nous sommes devenus citadins et même si nous sommes restés campagnards, nous sommes loin de nous contenter de bouillies au lait pour nous sustenter...eh pourtant qu'elle était bonne la panade de Mémé mais j'ai perdu la recette : il y avait du "vieux" pain, du lait et peut-être du fromage mais le « tour de main » me manque pour la reproduire !

Bon, ne nous laissons pas entraîner par les souvenirs même heureux ; nous sommes là pour parler des dispositions matérielles des testaments, pour illustrer ce propos j'ai choisi celui de Pey-Jean Laffont del Cardaÿre qui teste en 1749 devant Maître Galin, qu'il a fait appeler car il est bien mal.

 

Pey jean1.PNG

«  lequel étant malade dans un lit de la ditte maison de maladie corporelle non contagieuse ... »

 

Il va en premier lieu définir ses exigences sur le sort de son épouse survivante, tout en précisant que ces droits ne sont valables que si elle mène « vie viduelle » c'est à dire qu'elle ne se remarie pas

 

Pey Jean à sa femme 1.PNG

« Françoise Piquemal sa femme ledit testateur lègue et laisse l'habitation de la moitié de sadite maison à prendre du côté de la porte vers midy, l'usage d'un pot à feu d'un chauderon, d'une chaise et d'une bèche, la jouissance et l'usufruit d'un carrau ou du jardin quy est devant ladite maison et celuy du côté de midy de la terre del plaignol et de celle du jardin de Lafont avec le fumier nécessaire que ses héritiers bas-nommés lui fourniront annuellement pour l'engraissement desdites terres quittes de charges, outre ce lègue et laisse à sa dite femme une pension annuelle, et viagère de six setiers grain moitié seigle et moitié blé noir quatre trainées de bois à brûler, un raz de sel et le tout...

 

Pey Jean à sa femme 2.PNG

« à elle payable de six mois en six mois à l'avance par ses héritiers bas nommés, lesquels il charge encore de luy baihler la vie durant d'icelle un peu de lait de leurs vaches quand ils en auront sans que sa dite femme puisse pendant qu'elle jouira de tout ce dessus ...

 

Pey Jean à sa femme 3.PNG

«  et à la charge pour elle pendant la dite jouissance de mener vie viduelle, à laquelle il laisse outre ce et à cette condition un habit de burat du pais de trois ans en trois ans le tout payable aussi par ses héritiers bas-nommés... »

 

Voilà bien des choses auxquelles nous ne penserions plus et qui pourtant sont essentielles à la survie de Françoise Piquemal Barou : elle a une partie de maison (un toit), 3 petits jardins et une bêche pour les cultiver, des ustensiles pour cuire ses repas. Ses enfants devront lui amener du fumier, des grains et du lait. Pour les vêtements : un seul qui devra durer 3 ans! Mais Pey-Jean semble se préoccuper du bien-être de sa femme et vu la pauvreté des habitants de la vallée, elle est bien lotie...

 

Après arrivent les legs, Pey-Jean n'a rien oublié et ses 2 filles, Paule et Marguerite mariées et dotées n'auront que :

 

filles complément de légitime.PNG

«  et sur lesquelles constitutions le dit testateur a institués les dites Paule et Marguerite Laffont, ses filles, ses héritières particulières et leur lègue à chacune cinq sols pour tout supplément de légitime ... »

 

Restent les trois fils, ses deux frères Raimond et François qui testent en 1747 et en 1750 font un partage à parts égales mais Pey-Jean, lui, privilégie nettement l'aïnat, Jean : il aura les terres 

 

pey Jean à l'aîne les terres.PNG

« scavoir le dit Jean ayné a ceux appelés le Bordal de Conairel et a celui appelé Enso de Raimond, le premier consistant en une pièce de terre et deux petits prés joignant et dépendant et le dernier en un bâtiment de borde et une pièce de terre joignant, en la moitié du pré appelé Lubac de Caulassa à prendre icelle au fond auci la moitié des eaux quy en dépendent les dits biens situés au terroir du dit Boussenac [ et un troisième du bétail à laine] »

 

Les deux plus jeunes se partageront  les 2/3 du troupeau et « le restant des biens »:

 

aux jeunes 2 tiers du troupeau.PNG

« et les dits François et Raimond Lafont ses autres deux fils puinés et jeune au restant de ses dit biens...

 

aux jeunes se partager le reste des biens.PNG

«  meubles, immeubles, bestiaux, voix nom droits actions raisons et prétentions en quel lieu et part qu'ils soient et en quoique puissent consister pour les partager en deux égales portions et en faire et disposer à leur plaisir ... »

 

François aura aussi « la moytié des ruches à miel »

 

pey jean partage des mouches à miel.PNG

«  le testateur déclare être compris la moitié des ruches à miel quy regarde le dit François son fils puiné laquelle moitié je retire lors du partage d'icelles qu'en faire avec le dit Raimond... »

 

Dans ses legs, Pey-Jean est le plus inégalitaire des trois frères Laffont, mais n'oublions pas que "normalement", seul l'aïnat ou l'aÏnada héritait de l'oustal et tous les biens...



16/04/2019
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