aujols-Laffont

Communauté, "Veziau" et Famille

La communauté, c’est la vallée, avec ses tensions inévitables entre villages. La séparation de l'immense commune de Massat et la création des communes de Biert et du Port a été , pour le moins mouvementée ...surtout au niveau du budget  communal Mais le mal était déjà fait depuis longtemps ...Biert et Le Port accusant Massat de s'accaparer les fonds et d'être radin envers ses voisines ...la rivalité ne me semble pas éteinte !!! De même Boussenac est érigée en commune mais sans église ni cimetière, les défunts doivent parfois attendre le Printemps pour être inhumés en terre sacrée ! Des rancunes, des griefs qui ne "passent pas" entre les villages et Massat, le gros bourg, est accusé de répartir chichement les crédits municipaux. La vie n'est pas "un long fleuve tranquille" dans la vallée ! 

Aujourd'hui encore, certains Massadels ne décolèrent pas à cause du livre de Roger Toulze Grabet "Dictionnaire du parler Biertois" Pourquoi Biertois ? On parle comme eux...N'empêche que l'Association Biert Aoué qui a établi et édité ce dictionnaire en 3 volumes est de Biert et financée par la Mairie ...de Biert ! J'ai envie de dire, les autres n'avaient qu'à en faire autant...mais là, je me mets à dos les 3/4 de la vallée !!! Voilà jusqu'où vont les "chicanes " encore de nos jours 

 Mais face à « l’étranger » comprenez celui d’une autre vallée, celle d’Oust ou de Vicdessos ou de Riverenert, on fait « groupe » ! Il n’est pas dit qu’un Massadel ne fera pas la loi chez lui ou sur les estives !! Face au pouvoir central (de Paris) c'est encore pire cf guerre des Demoisellesconscription


Le Vésiau [béziau], c’est le voisinage, ceux du village ou du hameau (ce mot ne figure pas dans le dico de Biert ni avec un V normalement inexistant en Languedocien et en Gascon mais pourtant employé par Vézian )  :

Les voisins apportent aide et soutien à leurs voisins durant les gros travaux, une entraide, sans laquelle le plus gros oustal aurait eu du mal à mener à bien les travaux d’été ; il les rendra en aide lui aussi… Vision biblique d’un monde sans rivalité ni jalousie…

Pas si sûr, parce que le véziau c’est aussi des rivalités familiales pour des droits d’eau, des droits de passage, des bornages etc ...

C’est aussi un centre d’espionnage : les « ménines » passent leur temps en épluchant les légumes pour la soupe ou quenouille en main, à espionner (nul besoin de caméra de surveillance, elles sont gratuites et aussi efficaces!) les jeunes filles, les adultes aussi !

 

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Facebook 7-8-2022

 

C’est la gazette du hameau ou du village : on a vu une telle parler avec X et depuis son teint est pâle, elle grossit, elle a des malaises…elle a fauté ! et la rumeur courre, enfle ; même si elle innocente, la fille s’inquiète, perd l’appétit : sa réputation de fille honnête est en jeu et son avenir ; même un doute est une tache difficile à effacer : elle a pu voir une brouch qui a fait passer (entendez une sorcière qui a provoqué un avortement)...

Pour les adultes : celui-ci boit trop, l’autre est violent ou paresseux : à 6h il n’était pas levé ; un troisième passe vraiment trop souvent chez sa voisine etc…même scénario pour les femmes mariées. « Big Brother » existe dans les vallées bien avant la science fiction ! pas besoin de drone, les « ménines » sur le pas de leur porte s’en chargent !!

 

Au milieu du XX° siècle (environ 1963) , ces "qu'en dira-t-on" existaient dans toutes les provinces et j'en garde un souvenir encore cuisant...à Bernay (Eure) Après les résultats du Brevet auquel nous avions été reçus, nous avons dévalé le Boulevard de la Gare (Boulevard Dubus maintenant) en vélo et nous étions allés , pour la première fois, dans un café...pour boire un jus de fruit et j'avais eu le malheur de demander un jus de raisin (donc rouge comme du vin) Je vis mon grand-père arriver quelques minutes plus tard et me ramener "manu militari" chez mes parents ! Je me demande encore qui fut "la bonne âme" qui nous dénonça mais les copains aussi furent "reconduits chez eux" !!!


La famille défend ses biens et surtout l’oustal mais comme dans toutes les familles, la vie peut devenir compliquée. Certes, depuis la Révolution et surtout le Premier Empire, les biens doivent être partagés à part égale entre les enfants ; seulement en Ariège la propriété est très morcelée, si la loi est appliquée « au pied de la lettre » cela donne des terrains tellement exigus qu’ils en deviennent incultivables avec des droits d’eau et de passage tellement complexes qu’il faut un tube d’aspirine après les avoir transcrits. Alors, la plupart des héritiers restent en indivis faute d’un partage viable et le vieux droit d’aînesse absolue existe encore mais à « visage masqué » : l’aïnat ou l’aïnada est toujours héritier du domaine mais enchaîné à la terre et à l’oustal. Les cadets pourront se faire une vie meilleure… ailleurs mais ils demanderont rarement le partage, ils sont conscients qu’ensuite la part de l’aîné ne serait pas suffisante pour vivre ! Voilà pourquoi on trouve si peu d’inventaires après décès en Ariège : les héritiers restent en indivis. Ce qui n'empêche pas une rivalité tenace entre l'Aïnat et ses cadets de perdurer parfois une vie entière  !

Combien sont encore amers après un partage ou une vente des biens ?J'ai entendu aux AD 09, au moins deux femmes me dirent :"Je n'ai rien eu de mes parents, pas le moindre souvenir, pas même des photos... Je suis une cadette !!!"

 



03/12/2022
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