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Enfants abandonnés, une affaire aux Assises de Foix

En 1875, une sordide affaire arrive devant la justice ; les audiences ont duré 3 jours du 28 au 30 Janvier. Voici ce que publie la presse ancienne (L'Ariégeois du 3 Février 1875). Il est important de souligner que ce billet n'est pas écrit à partir des documents judiciaires mais en se basant sur un compte rendu des audiences par un journaliste.

 

Est en cause Marie Amilhat, épouse Galey, « placeuse d'enfants ». Son métier consistait à proposer des enfants de l'Hospice à des couples de paysans qui devaient prendre soin et nourrir l'enfant et recevoir en échange une « dot de 200 à 400 fr ; tout cela est légal, c'était ainsi qu'on procédait pour trouver des parents nourriciers.

 

1° doute du journaliste 1875.PNG

Et le journaliste d'emblée souligne les possibles dérives du système que peuvent inventer « des nourrices barbares »

La suite de la procédure légale se fait, avec l'accord des futurs parents nourriciers devant le Notaire qui établit un contrat d'entretien de l'enfant avec l'aval du Maire et du Curé (témoignant sans doute de la bonne moralité des candidats).

 

baux d'entretien d'enfants devant notaire.PNG

 

Jusque là tout est fait légalement...

Sauf qu'après cette démarche, Marie disparaissait pendant qu'un complice usurpant le nom du signataire de l'acte venait prendre à l'Hospice de Toulouse l'enfant et l'argent... sans le remettre à la famille nourricière prévue initialement. L'enfant était ensuite confié à une nourrice qui, elle, ne verrait jamais arriver la « dot » rapidement enfouie dans la poche du complice ou dans celle de Marie...

 

le montage frauduleux.PNG

Dans ces circonstances, la nourrice ne voyant arriver aucun pécule pour l'aider à entretenir l'enfant, risquait de le délaisser, quitte à ce qu'il trépasse !!!

 

Marie Galey eut 4 complices dont son propre mari et un autre originaire de Seix, ils sont eux aussi poursuivis bien sûr.
La défense de Marie est assez surprenante, elle accuse les sages-femmes de Toulouse d'être plus fautives qu'elle car, selon ses dires, elles percevaient une somme bien plus élevée que les 400fr alloués à l'enfant en cas de placement :

 

sages femmes de Toulouse.PNG

Elle accuse même une sage-femme de préparer le décès rapide des enfants

 

veuve Ruet en accusation.PNG

 

Là, le journaliste relate certains propos que des témoins attribuent à Marie Galey et qui soulignent, s'ils sont exacts, le cynisme et le machiavélisme de l'accusée et le  peu de cas qu'elle fait des enfants qu'elle est chargée de placer.

 

cynisme de Marie Galey.PNG
 

Ce montage frauduleux et potentiellement criminel avait fonctionné « à merveille », jusqu'à ce qu'un des complices, celui de Seix, réclame « quelque argent qui lui était dû pour mois de nourrice » et n'aille se plaindre chez le Commissaire de police et le Procureur de la République de Saint-Girons, ainsi l'affaire éclate.

S'il apparaît que Marie est une délinquante avérée, consciente de la fraude ; qu'en est-il de ses complices, qui semblent ne pas se rendre compte de l'importance de leurs actes et n'ont apparemment pas envisagé qu'ils pouvaient se retrouver au bagne ! La naïveté du complice qui va se plaindre au Procureur le prouve...

Le rôle des Notaires peut aussi être jugé irresponsable, ils établissent des actes en bonne et due forme mais aucun ne met en doute le sérieux de Marie, aucun ne s'étonne que les candidats au rôle de parents nourriciers n'accueillent pas l'enfant...

 

Le tribunal juge Marie et ses complices pour « faux en écriture publique », mais quel a été le sort des enfants placés ? Ont-ils survécu ? Combien sont-ils ? Selon le compte rendu du journal, ils seraient 51, et bien que les nourrices de substitution n'aient jamais été payées, les enfants n'ont pas été privés de soins ; voici les récits de deux d'entre elles :

sort des enfants.PNG

 Marie n'est pas, malgré ses actes, jugée pour « mise en danger de la vie d'autrui » mais seulement pour faux et risque 20 ans de travaux forcés et voici le verdict :

 

condamnation de Marie Galey.PNG

 

Un seul complice est condamné pour 3 faux à 3 ans de prison, les autres sont acquittés ; un des avocat souligne « la domination qu'a exercé Marie » sur eux.

Ce jugement fait aussi ressortir, de façon dramatique, la vulnérabilité de ces enfants que l'on place tant bien que mal chez des paysans le plus souvent pauvres.

 



03/07/2018
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