aujols-Laffont

"Guerre" à Peguère

Si vous avez regardé le Tour de France ces dernières années, c'est un lieu qui vous est familier à cause du fameux « mur », une route (actuellement) à 17%..au milieu d'un grand massif forestier .cf Tous devant la télé demain

 

Ces forêts avant la Révolution étaient la propriété de Mr de Bellissen qui les défendait contre toutes intrusions, grâce à ses gardes bois cf morte pour avoir du bois

 

Seulement là, nous sommes en l'An VI et les habitants de Boussenac ont acheté les droits de dépaissance et d'usage du bois. C'est apparemment un « placard » ou affiche qui nous en informe :

 

placard ou affiche 1.PNG

 placard ou affiche 2.PNG

 

Dans cette affiche « l'Agent Municipal » de Boussenac ( Maire) résume les événements, parfois dramatiques qui se sont déroulés dans la forêt.

D'emblée il affirme que les habitants de Boussenac sont dans leurs droits et n'ont commis aucun délit. Il s'est donc employé à les défendre devant la justice (sans doute pour éviter les vengeances )

 

 achat des droits.PNG

 

Donc il semble que, de l'autre côté du col, vers la vallée de Castelnau Durban, on refuse de reconnaître les droits achetés...en référence aux droits d'usage que leur avait consenti leur seigneur, Monsieur de Bellissen, sous l'Ancien Régime. Seulement, ces droits sont caducs !!

Le comte Bellissen-Durban a émigré comme l'indique l'Histoire des Ariégeois :

 

 de Bellissen.PNG

 

N'empêche que les rivalités séculaires existent toujours, il faut reconnaître aussi que ceux de Boussenac ont régulièrement violé les droits d'usage de leurs voisins dans les temps anciens, les animosités ne datent pas de l'an VI !!!

.Alors au bout de quelques agressions, Mr Claustres, le Maire, voit bien, connaissant ses administrés (il est né dans la vallée) que cette situation risque de « déraper » et de tourner au drame.

Entre le 1° Prairial et le 1° Messidor cette liasse contient 7 dépositions d'agressions

Voici quelques exemples qui mettent en lumière la violence des affrontements :

 

déposition Antoine PP12 Prairial  an VI 1.PNG

« Le sieur Antoine Piquemal Peyrpergut, fils de feu Joseph, habitant de la ditte commune de Boussenac qui nous dit que le jour d'hier vers l'heure d'une l'après-midi une troupe des habitants Desplas au nombre d'environ vingt armés de fusils et de haches se seraient transportée sur la montagne de Peguère...(déclaration du 12 Prairial an VI)

 

déposition Antoine PP12 Prairial  an VI 2.PNG

« montagne que cette troupe des gens Desplas auraient blessé de deux coups de haches sur le cotté gauche une des vaches du comparant

(déclaration du 12 Prairial an VI)

déposition Antoine PP12 Prairial  an VI 3.PNG

« [une vache] de l'âge de dix ans sous poil gris et l'aurait meurtrie de plusieurs coups de dos de hache sur le cotté droit de quoi elle est en danger de périr, laditte vache du prix de quatre vingts francs que la ditte troupe armée a enlevé ou tué ; le même jour une autre vache du comparant de l'âge de trois ans sous poil gris clair, qu'il est même présumable que cette dernière du prix de cent francs a été enlevée ce qu'on pouvait connaître à la trace de ses pas...(id ci-dessus )

 

Des menaces aussi relatées dans la déposition de Louis Subra del Buissos, fils d'Elie Subra, le 1° Messidor an VI :

menaces 1° Messidor an 6.PNG

« … que journellement les bergers de Sentenac qui se mêlent avec ceux de Boussenac, disent à ces derniers que sous peu leurs cabanes seraient inondées de sang de quoi nous avons dressé notre présent procès verbal... »

 

 Elles peuvent terrifier des enfants de 12 à 16 ans (garçons ou filles ), traditionnellement affectés à la garde du bétail !

 

daclaration du 26 Floréal an VI.PNG

 « déclaration qu'il veut nous faire ce jourd'huy vers neuf heures du matin, un attroupement composé d'environ deux cents hommes habitants des communes Desplas, Castelnau et Sentenac, armés de fusils avec leurs bayonnettes, de sabres se sont portés au lieu appelé Gaillardon, montagne de Peguère territoire de la ditte commune de Sentenac lesquels après avoir fait une décharge de mousqueterie sur les bergers de la commune de Boussenac qui faisaient pâturer leurs bestiaux audit lieu de Gaillardon conformément à leur droit et usage ont encore enlevé cinq vaches appartenant au citoyen Pey Jean Pujol Ségalasse dit le mounet... » (témoignage de Michel Loubet del Baille devant M° Galin, juge de Paix le 20 Floréal an VI

 

Ce ne sont plus des rossées à coups de bâtons ferrés !

Par « chance » les seules victimes furent des vaches volées, blessées ou tuées et aucune perte humaine n'est à déplorer surtout que les vachers sont en général des enfants ou des adolescents !

 

Le Maire Jean-Baptiste Claustre Barbannère et le juge de Paix, alertés, ont vite pris la dimension du problème et envisagé même une intervention de la troupe !

 

intervention Maire.PNG


De nombreuses vaches meurtries ou enlevées, c'est certes un préjudice important pour les éleveurs, une catastrophe économique pour certains mais aucun drame humain bien que les assaillants aient été armés de fusils, de haches et de sabres … !

C'est ce qui m'a toujours étonné dans ces flambées de violence en Ariège : les esprits sont bouillants, les hommes braves et fiers mais le bilan humain est faible même pendant la « Guerre des Demoiselles » , alors que ces épisodes paroxysmiques auraient pu se terminer dans le sang. Il faut croire que nos ancêtres, malgré leurs propos vifs, étaient maîtres de leurs nerfs ! Et tant mieux !

 



30/07/2020
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