aujols-Laffont

Ils partent et ne reviennent pas !

Vous connaissez tous le livre ou le film sur Martin Guerre 

Nos ancêtres, contrairement aux idées reçues, bougent beaucoup, au moins en Ariège et sans doute moins  dans le Nord.,

 

Parfois pour colporter, trouver du travail dans des régions plus « riches » ou même échapper à la conscription et la frontière espagnole n'est pas loin...

Personne ne sait lire ou écrire dans la vallée sauf quelques notables, un écrivain public coûte cher au migrant, donc pas de nouvelles pendant des mois ou des années ; à plus forte raison pour les fugitifs de la conscription !!!

On attend donc le retour patiemment, c'est ce qui me sidère à l'ère des téléphones portables et de l'internet car on attend longtemps... ici 17 ans !!!

 

1815.PNG

 « L'an 1815 et le 22° jour du mois de Novembre par devant nous Jean-Louis Pagès juge de paix du canton de Massat, sont comparus Bernard Loubet Carrabas, cultivateur, Jean Laffont cultivateur, Mathieu Degeilh Auragnou cultivateur,et Baptiste Degeilh Auragnou cultivateur dit del pinrot, tous habitants du dit Massat les quels témoins en vertu de l'article 155 du code civil, nous sont produits par Baptiste Bonail Callat, habitant du dit Massat, à l'effet de constater l'absence de Jean Bonail Calat dit l'espagnol. Lesquels témoins après serment fait de dire la vérité ont déclaré l'un après l'autre que ledit Jean Bonail dit l'espagnol est absent de la dite commune de Massat depuis 17 ans.

 Lesquelles déclarations nous avons dressé l'acte de notoriété que nous avons signé avec notre greffier , les déclarants requis ont dit ne savoir …

 Enregistre à Massat le 2 Décembre 1815 folio 129 n° 68 reçu un franc 10 centimes »

  

Seulement voilà, on peut être patient, résigné, prier pour lui, mais si le disparu est marié, sa femme n'est pas veuve et a peut-être des enfants à élever seule ; si le père se sent mal et doit dicter son testament Comment faire ? Aucun des deux ne peut savoir si le disparu est encore en vie, et, au village, cela pose des problèmes : de bras pour cultiver les terres en l'absence prolongée du fils ou du gendre, et la femme, si elle existe, vit comme une veuve ou une « pucelle » que le voisinage surveille !

 

Il faut mettre fin à cette situation ambiguëe et aller voir le Juge de Paix pour constater l'absence, en présence de plusieurs témoins (même mécanisme que pour les actes de notoriété). La personne est alors considérée comme disparue ou décédée.

Nous avons vu, dans d'autres billets que certains « chemineaux » décèdent loin de chez eux mais ne sont plus en mesure de décliner leur identité...Ont-ils perdu, dans leur tribulations, leur passeport pour l'intérieur ? En tout cas, faute d'origine précise, leur décès ne sera jamais communiqué à leur paroisse ou commune de naissance

Ou bien, ils seront victimes d'accidents au passage des ports (tempêtes, avalanches etc...) et ne seront retrouvés qu'au Printemps ou ...jamais ! Ils peuvent aussi être victimes de noyades, de brigands ou de bêtes fauves (ours et loups)

 

Ici je soupçonne plutôt, vues les dates , un conscrit parti pour les Armées de la République et qui n'est pas revenu après les guerres napoléoniennes. Dans ce cas, il doit avoir dicté son testament avant son départ mais il n'est pas dans ma "réserve de photos"....A moins qu'il ne soit un déserteur ayant passé les monts !!

Son départ doit avoir eu lieu vers 1798, si c'est un départ "sous les drapeaux" ou une désertion, on devrait avoir sa naissance dans les années 1778...ou avant si c'est un volontaire de l'An II

 

Voyons ce que nous pouvons trouver ! Bien sûr, à cette époque, pas de mention marginale pour nous aider !

 

Faute de savoir ce qu'il est devenu, essayons de savoir d'où il vient ! Un acte de baptême dans les années 1770, un éventuel mariage, un testament avant son départ, la plupart des conscrits en dictaient un mais pas les colporteurs et les fugitifs. 

Lors de la déclaration, en 1815, l'Empire est tombé, les survivants de la Grande Armée rejoignent leur pays, coûte que coûte (mais depuis des années ils sont habitués aux "marches forcées") ...

Et Jean ne revient pas ...

 

Beaucoup de choses m'interpellent dans cet acte  : Baptiste, le déclarant, est-il son père ? Rien ne l'indique dans l'acte, ce qui est pratiquement automatique dans la vallée ; Baptiste se nomme Bonail Callat dans l'acte mais Jean est désigné comme "Jean Bonail dit l'espagnol" donc sans le sobriquet familial Callat ( paresse du scribe ?) et surtout le délai de 17 ans !!!

 

Dès que j'ai des nouvelles (de la vie d'avant) de Jean Bonail, je vous en ferai part ; de votre côté, soyez assez sympas pour me communiquer tout ce que j'ignore encore ! Merci



25/06/2020
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