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Les déclarations de grossesse

Nous avons vu la détresse des filles abusées par un galant peu scrupuleux les filles mères. Leur peine d'avoir été trahies et leur honte d'avoir "sali" le nom, n'a plus, de nos jours, le même impact! 

Auparavant, elle se déshonorait, elle et toute sa famille ; maintenant, elle est une "femme libre" ! énorme bouleversement... Même dans ma jeunesse (années 68-78) c'était mal perçu par la famille et l'entourage !

Alors, pour faire une déclaration de grossesse, il faut du courage, un énorme courage ! Car, elle s'expose à tous les quolibets, les rumeurs...

Et pourtant certaines filles abusées ont eu le courage de faire cette démarche extrêmement pénible. 

Ces déclarations peuvent se trouver dans les actes notariés, mais je n’en ai trouvé aucune dans la vallée de Massat  ; durant la période révolutionnaire, dans les tribunaux des familles qui les enregistrent ainsi que les tutelles et curatelles et les litiges de partage, de servitudes etc Prémices de la Justice de Paix, on trouve quelques déclarations.

Elles étaient surtout destinées à prévenir l’infanticide qui pouvait tenter la mère abandonnée, d’ailleurs le magistrat la faisait jurer sur les Evangiles !!

 

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 "Marie Bouier, coutirière, ägée de 28 ans,habitante du lieu de Merigou, quartier de Bousquet, laquelle après serment par elle fait de dire la vérité, sa mainmise sur les Stes Evangiles, a dit, et déclaré, être enceinte...."

 

Puis la prévenait dans cette éventualité : pour ne pas être inquiétée, elle devait conserver et présenter « son part » s’il était mort né.

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 "... depuis le mois d'Août dernier de laquelle déclaration elle fait pour se conformer aux lois du royaume ; de tout que nous lui avons accordé acte après l'avoir exhortée à prendre toutes les précautions possibles pour la conservation de son part... et lui avoir recommandé de nourrir elle même l'enfant  qui partira d'elle et de le représenter toutes fois et et quant esquelle en sera requise et nous  ? signé avec le sieur Nicolas commis au greffe ..."

 

Le même magistrat demandait à la fille séduite si elle avait habitude de « vendre ses charmes » et les circonstances de son faux-pas et si elle avait l’intention de porter plainte.

Or, dans la série 11L6 (de 1791-1792), nous avons trouvé 13 dépositions et au moins 3 d’entre elles sont significatives d’un harcèlement ou d’un viol commis dans la maison même du père de la jeune fille !!

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 " a répondu que le sieur Jean-Baptiste Lafite, chirurgien, habitant d'Aulus, est réellement l'auteur de sa grossesse et qu'elle se croit enceinte enceinte depuis le Carnaval dernier..."

 

 

ou par un valet de sa mère durant la nuit avec violence :

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 " a répondu que ledit sieur Lafite est le seul qui l'ait fréquentée, que lui seul a obtenu ses faveurs, que pour y parvenir, il l'a poursuivie depuis environ 14 mois et pour mieux réussir dans son projet, il afferma au père de la comparante, une chambre dans la maison qu'elle habitait, que de ce moment, il m'a persécuta constamment, et abusant de sa faiblesse, de son peu d'âge et de son peu d'expérience, il la séduisit et la forcea quasi dans la maison de son père et dans la chambre qu'elle habitait en profitant de l'absence de ses père et mère..."

 

La jeune fille stigmatisée par l’entourage est-elle coupable de « coquetterie », pour un de ces cas nous avons retrouvé deux procès que nous détaillerons dans un billet ultérieur.

Les autres jeunes filles déclarent n’avoir succombé qu’après plusieurs années de fréquentation de leur "galant" et des promesses de mariage… avec romantisme, elles y croyaient !

Ou encore le drame de Marie Loubet séduite par Jean Servat à Massat lequel va allier l’hypocrisie, le viol, la diffamation et la tentative de subordination de témoins. Un « joli » sire doublé d’un mufle !

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"Demeurant à laditte ville de Massat qui l' a constamment fréquentée depuis environ 5 ans en vue de se marier avec elle et qu'il la séduite sous promesse de mariage vers la fin du mois de Septembre dernier et dans la maison d'habitation dépendante de la succession dudit feu Jean Loubet son père et dans des salles du bas de la dite maison servant de cuisine où il la surprit toute seule, et que ledit Jean Servat Gaffou lui a constamment promis jusqu'à ce jour de se marier avec elle ..."

 

Ce n'est donc pas d'aujourd'hui que de belles promesses peuvent faire vaciller la vertu de nos ancêtres mais elles le payaient bien plus "cher" que nous !!!Le harcèlement était-il reconnu ? Comment prouver un viol?  Et les "galants avaient toutes las audaces... souvent les faits étaient commis dans la maison paternelle !

Ceci dit, les filles "honnêtes" sortaient peu comment les rencontrer ailleurs à part au lavoir (avec toutes les commères) ou à la fontaine ?



16/09/2019
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