aujols-Laffont

Routes et transports d'après les touristes au XIX° siècle

Nous avons déjà vu, à plusieurs reprises, que ce soit dans l'enquête sur le travail de 1848 ou dans le guide Jouanne de 1872, que les routes étaient dans un état déplorable. Ce handicap majeur freine l'exploitation des ressources minérales, l'industrialisation et même les prémices du tourisme : les Pyrénées « accessibles » se développent grâce aux Villes d'eaux...encore faut-il que ces grands bourgeois ou nobles ne se retrouvent pas dans des centres mal équipés et d'abords difficiles !

 

Autre mode, contemporaine d'aller prendre les eaux, le Pyrénéisme auquel s'adonnent des scientifiques et privilégiés qui rêvent de conquérir tous les hauts sommets de la chaîne, les villes de cure sont souvent leur point de départ vers les ascensions. L'Ariège n'en comptant guère, au milieu du XIX°, est souvent délaissée … Il faut attendre un personnage exceptionnel pour en lire quelques pages.

 

Le Comte Henry Russell est un franco-britannique, né à Toulouse :

extrait bio Wikipédia.PNG

 Wikipédia

 

C'est un personnage emblématique du Pyrénèisme et un homme dont la résistance est exceptionnelle ! Dans ses « Souvenirs d'un montagnard » il relate une ascension de l'Estats, dominant la vallée de Vicdessos, il se fait accompagner d'un guide nommé Denjean mais son guide se fatigue et s'endort, il continue, finit l'ascension et redescends ; au retour il le retrouve et « n'étant pas fatigué, je fis monter Denjean sur le mulet au Pont de Marc et à 10 heures du soir, nous rentrions à Vicdessos, après une course de 17 heures, arrêts compris » (p 218)

 

Lui ne méprise pas les sommets ariégeois même s'il déplore le peu d'intérêt de ses contemporains pour le département : « Pour mille touristes, entreprenants ou non, qui grossissent tous les ans les foules et le tapage de Luchon, de Cauterets, de Bigorre etc...etc...[dans le texte], il y en a dix à peine qui donnent une heure ou une pensée aux cîmes neigeuses et historiques, aux lacs et aux superbes cascades de l'Ariège, de la Cerdagne et de l'Andorre... » (p 211)

 

Et pourtant Russell, lui, vient en Ariège ; il faut dire qu'il n'est pas tendre sur l'état des routes et des moyens de transport : «  De Foix à Vicdessos, où j'allais m'établir pour 3 jours, il y a 31 km, et d'affreuses diligences, bonnes seulement à brûler. J'aurais été plus vite à pied [cf Guide Jouanne qui conseille le voyage à pied], car nous avons mis 5 grandes heures » (p. 211)

Durant le même voyage, les choses ne s'arrangent pas : « A Tasrascon...nous changeâmes de chevaux, opération qui prit une demi-heure et à laquelle nous ne gagnâmes rien ; car les nouveaux étaient encore plus étiolés, plus paresseux et chétifs que les autres. Les yeux fermés et prêts à s'évanouir, ils marchaient tristement, en éternuant de la poussière et ressemblaient à 3 malades qui vont aux eaux pour s'y guérir du rhumatisme. » (p212)

 

Certes, il jouit d'une résistance exceptionnelle et voici une photo où il dort par tous les temps, sur les plus hauts sommets (car il dort parfois, à la lecture de ses récits on pourrait en douter...) dans le premier sac de couchage fait de peaux de mouton (« inventé » par son ami )

 

sac de couchage.PNG

Mais tout de même, il a « la dent dure », toujours dans la vallée de Videssos, il parle des mines de Rancié en ces termes : « Mais ce qui doit frapper tout le monde, c'est l'état pitoyable de la route déchirée, labourée comme un champ par les pesants chariots qui portent le minerai : c'est un casse-cou pour tous ceux qui voyagent en voiture... » (p 213)

 

Décidemment, lui qui atteint les plus hauts sommets en laissant ses guides sur place, est bien attentif aux moindres voies de communication ; en gravissant le Montcalm, il note : « les pentes sont roides, le sentier détestable mais le mulet monte comme une chèvre... » (p216)

Les chevaux ne valent donc rien mais les mulets sont de qualité, une remarque prouvée puisqu'ils ont cette réputation jusqu'en Espagne !

 

En tous cas, nous avons la confirmation par un ascensionniste endurant que les transports comme les routes sont dans un état abominable dans les années 1864 et on ne peut le taxer de snobisme au vu de ses exploits !

 

Sur Henry Russell vous pouvez consulter un article de la Dépèche du Midi du 21-8-2016 « l'insatiable conquérant des Pyrénées »

Il est enterré à Pau. Il a une statue à l'entrée du village de Gavarnie :

statue 1.PNG

 

NB les ouvrages originaux du Comte Henry Russell sont hors de prix (plusieurs centaines d'euros) mais il existe une réédition au format poche, certes moins prestigieuse mais plus abordable chez PRNG Editions 2008 (2 euros pour le tome1), je cherche le tome 2 bien sûr !!!

 

couverture.PNG



06/06/2019
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